Visite, histoire et guide de Saint Rémy de Provence

Glanum vient d’être détruit, les habitants au lieu de rebâtir la ville païenne en ruines descendent dans la vallée et fondent une nouvelle cité autour d’un coeur chrétien.

On a retrouvé au Planet, un des rares baptistères de cette époque, bâti à côté de la première église consacrée à Saint Pierre. Ce sont les évêques d’Avignon qui prennent en charge les destinées de la bourgade ; ils seront bientôt relayés par les bénédictins de Reims qui donnent naturellement le nom de leur Saint au terroir. Saint-Rémy a trouvé un nom, grâce sans doute aux libéralités de Clovis, ou de ses descendants.

Au cours des invasions du V° siècle, tandis que dans la région les habitants retrouvent le chemin des oppida, à Saint-Rémy on monte des tours de défense.

On sait qu’un des gouverneurs à qui les moines confiaient la gestion de leurs biens, ne fut autre que Girard de Vienne, personnage illustre qui a laissé son nom à la chanson de geste « Girard de Roussillon ». Au cours du IX° siècle, Girard lutte contre Charlemagne, avant de se repentir et de se consacrer à Dieu.

Plus tard le domaine de Saint-Rémy est annexé par Boson comte d’Arles. Puis c’est l’Empereur Germanique, Conrad le Pacifique, qui en fait don à l’Abbaye de Montmajour vers 964. Les protestations des moines Rémois ne se font pas attendre. Il fallut partager le domaine pour moitié entre les deux Abbayes, mais durant des siècles des contestations vont s’élever.

Non content d’appartenir à deux monastères, Saint-Rémy en voit un se construire sur son sol. Ce sont les chanoines d’Avignon, qui vers 1080, édifient Saint-Paul-de-Mausole, à quelques mètres des Antiques.

Charles d’Anjou décide de créer à Saint-Rémy, en 1262, un atelier monétaire qui fonctionna jusqu’en 1372, laissant aux numismates des pièces fort belles de la monnaie provençale.

Parmi les privilèges donnés par les comtes de Provence aux habitants de Saint-Rémy, figure celui de l’inaliénabilité de la ville au domaine royal, et la dispense du péage de Saint-Gabriel. Mais si la liberté du péage resta à l’assemblée des hommes de Saint-Rémy, ceux-ci eurent bientôt l’occasion de se plaindre de leurs souverains. La reine Jeanne en 1353 ne donne-t-elle pas la ville à Guillaume Roger de Beaufort, frère du pape Clément VI, pour le remercier de ses bons offices. Les rémois par leurs protestations finissent par obtenir la visite du sénéchal de Provence qui, au lieu de recevoir obéissance, reçoit les doléances de 207 nobles et roturiers qui se présentent à lui. Les malheureux furent condamnés à payer des amendes suivant leur degré de fortune.

La famille de Beaufort eut pour enfant terrible Raymond de Turenne qui, depuis les Baux, rançonne toutes les Alpilles durant vingt ans. Saint-Rémy, au pied de la montagne était une base d’approvisionnement magnifique. Malgré eux, les Saint-Rémois furent entraînés dans cette guerre.

Le roi René continua une politique de dons puisque, les comtes ayant récupéré la ville, Elisabeth première femme du roi la lui fait donner à Surléon de Spinola et Odile sa femme, en 1453. Quelques années plus tard, René redonne le domaine à sa seconde épouse Jeanne de Laval qui y vient souvent apprécier les séjours qu’elle fait dans la « Maison de la cour ».

Louis XI, nouveau comte de Provence à la mort de Charles III, fait don de Saint-Rémy à Jean d’Anjou. Devant la résistance de la ville un procès s’ouvre. Il est suivi d’un autre lorsqu’il donne ces revenus fictifs à sa fille Catherine qui épouse Palamède de Forbin. Finalement, Louis XIII fit don de la cité au marquis de Monaco, Hercule II Grimaldi (voir le passage concernant les Baux consacré aux Grimaldi), en 1643.

La peste de 1720 fut terrible pour les trois mille habitants de Saint-Rémy. Malgré les précautions, le fléau pénétra dans les faubourgs, puis dans les remparts. En quelques mois 933 personnes meurent. A un moment donné, le boulanger ne sort plus qu’escorté par une garde armée, mais ces précautions n’empêchent pas le dernier boulanger, Maillefaut, de succomber. Les médecins attrapent eux aussi la peste ; l’un d’entre eux M. Bellisime soigne les malades en robe de pénitent bleu. Ils seront sept à laisser leur vie dans l’accomplissement de leur tâche. Dix-huit prêtres les accompagnèrent dans la mort. Au bout d’une année d’épidémie, Saint-Rémy avait perdu le tiers de ses habitants.

La ville de FRETA détruite par les Sarrasins

En 737, les Sarrasins submergent la Provence. La petite bourgade de FRETA qui se trouve à proximité de Saint-Rémy est anéantie ; devant le désastre, ses habitants rejoignent la cité toute proche et finissent par s’y confondre. Cette légende se retrouve dans la chanson de geste dite le « Roman de Tersin », puisqu’il y est dit que Charlemagne passe au pied d’une montagne où se trouve une ville appelée Freta située près d’un mausolée (sans doute le cénotaphe des antiques).

Salomon Ben Buzas

Juif de Saint-Rémy au XIVe siècle, va plaider devant le juge de Tarascon, car le viguier de sa ville où il est propriétaire veut l’obliger à payer plus que ce qu’il doit pour sa participation aux charges communales. Finalement une transaction se fera sur la base de trois florins par an en contribution.

La séparation des bouchers Juifs et Chrétiens

Interviendra à Saint-Rémy en 1339. Les chrétiens de la ville se plaignent au juge qu’ils ne peuvent trouver sur le marché aux viandes que des bêtes sacrifiées suivant le rituel juif et de ce fait « inconvenantes, malpropres et sans goût ». Le juge décide en conséquence de la création d’un étal réservé aux juifs et il interdit l’abattage rituel dans les boucheries chrétiennes.

Nostradamus

Né à Saint-Rémy-de-Provence le jeudi 14 décembre 1503 à midi. Il fait ses études en Avignon, où il suit les cours de la faculté des arts. Maître des arts en 1521, il part pour Montpellier suivre les cours de la faculté de médecine. La peste de 1526 ravage Narbonne, Toulouse, Bordeaux. Durant quatre ans Michel de Notre-Dame parcourt ces régions, étudiant la maladie et soignant les personnes atteintes. De retour à Montpellier, il passe son doctorat de médecine et voyage. Toulouse, Agen où il étudie avec Scaliger qui plus tard le traitera de « sale juif et de mâcheur d’infâme charabia », ce qui ne l’empêchera pas de s’y marier et d’avoir deux enfants. Soupçonné de protestantisme il part pour Bordeaux et La Rochelle, puis effectue un tour de France. De retour à Marseille, il secourt les pestiférés d’Aix en 1546. Puis, sa femme étant morte, il épouse à Salon Anne Ponsard de qui il a six enfants : Madeleine, Anne, Diane, César, Charles et André. Installé médecin, il fabrique aussi des fards, des pâtes et poudres de beauté, des dragées d’Hercule, et des horoscopes. En 1550 paraît le premier Almanach. D’abord à caractère météorologique, il se transforme en 1555 dans la prédiction des événements qui formeront les « Présages ». C’est alors que Michel de Notre-Dame prend le nom de Nostradamus.

Son traité des « fardements et confitures » est suivi de la publication des « Centuries », à la suite desquelles Henri II le fait appeler à Paris. En 1564 la famille royale passe à Salon et lui rend visite. Protégé de Catherine de Médicis, il reçoit Marguerite de France, et Charles IX. Sa fortune est considérable lorsqu’il meurt le 2 juillet 1566 ; il sera enterré aux Cordeliers de Salon.

Antoine de la Salle

Né à Saliès et mort à Saint-Rémy en 1544, il est l’auteur, sous le pseudonyme de Antonius Arena, du poème macaronique « Meygra entreprisa catholiqui imperatoris » qui raconte les déboires de Charles Quint lors de sa tentative d’envahissement de la Provence en 1536.

La possédée du diable

Surnom qui fut donné à Louise Capeau née à Saint-Rémy en 1580. Protestante convertie au catholicisme, elle entre chez les Ursulines d’Aix en 1606, où elle rencontre Madeleine de Demandolx, malheureuse héroïne du procès de 1610 qui condamna le prêtre Gaufridy à être brûlé en place publique à Aix. C’est Louise Capeau, persuadée qu’elle est prophétesse et bourreau de Dieu qui est le témoin principal de ce procès. En même temps que Gaufridy elle fait condamner une vieille femme sous l’accusation de sorcellerie. Finalement la possédée du diable revient à Saint-Rémy où elle mourut.

Les parfumeurs et les corbeaux

Ce Sont les noms que l’on donnait à ceux qui essayaient de juguler la peste et à ceux qui enlevaient les cadavres. Les parfumeurs faisaient brûler un mélange composé de : 4 poignées de graines de genièvre, 2 poignées de Rudo, de racine d’Emula-Campana et d’écorce intérieure de bouleau ; 3 poignées de savinier, 2 poignées de corne de bouc râpée et 3 poignées de corne de cheval en poudre ; 8 livres de feuilles de chêne et 2 livres de myrrhe rouge complétaient le « parfum » que l’on faisait brûler dans les pièces ou les lieux à désinfecter.

Gounod à Saint-Remy

Installé à l’hôtel « Ville Verte » de Saint-Rémy pour y écrire la musique de Mireille, Gounod écrivait à un de ses amis : « Vous souvenez-vous de ces heures de délicieuse flânerie, pendant lesquelles on a l’air de ne rien faire et où l’on fait tant de choses, dont la première est d’être heureux ».

Promenade dans Saint-Rémy

Le tour des remparts de Saint-Rémy correspond au boulevard circulaire. La porte Saint-Paul est la plus récente puisque percée en 1775. C’est elle qui conduit à la place Pélissier où se trouve la mairie, ancien couvent des Augustines. Nous sommes alors derrière l’église Saint-Martin, reconstruite au siècle dernier et dont le clocher seul rappelle les largesses du pape d’Avignon Jean XXII en 1330.

En descendant par les petites rues derrière la mairie, on parvient sur la place Favier, le Planet où a été découvert un baptistère des premiers siècles du christianisme. Sur la place donnent les façades des deux plus beaux hôtels de la ville, de style Renaissance fort élaboré. Celui de Mistral-Mondragon reçoit le musée communal, à côté l’hôtel de Sade renferme les magnifiques vestiges des fouilles de Saint-Rémy. Nous conseillons fortement aux visiteurs de s’y rendre pour mieux comprendre et apprécier les ruines de Glanum, car c’est dans les salles bien aménagées que s’animent ces âges qui vont du culte de la tête coupée à la découverte de cette bague en cristal de roche de la maison des Antes, décorée d’une tête de femme admirablement ciselée.

Si l’on continue ensuite de traverser la ville on parvient à la seule porte intacte des remparts appelé le Portail du Trou, simple percée dans la muraille. Par contre, de la place Favier on peut prendre à gauche la rue Carnot et se rendre jusqu’à la fontaine Nostradamus, né à Saint-Rémy. Cette oeuvre de Léotard aurait remplacé un buste de Louis XVI.

Depuis la porte Saint-Paul on prend la route de Maussane pour se rendre aux Antiques et à Glanum. On remarquera à la sortie sud la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié qui date du XIIIe siècle, mais qui a été presque refaite au XVIIe. Elle abrite maintenant le culte réformé. Sur son côté méridional le buste de Gounod rappelle que le musicien vint à Saint-Rémy écrire la musique de son opéra fameux, Mireille.

Le tour Cardinale

Pour se rendre à la tour Cardinale dans la campagne de Saint-Rémy, il faut prendre la route qui longe le pesage public à partir de la Place de la République. A environ trois kilomètres se trouve la tour, masquée par des rideaux de cyprés à gauche en regardant les Alpilles.

Cette tour féodale fut donnée en 1350 par la reine Jeanne à Guillaume II Roger, frère du pape Clément VI. Le nom de Tour du Cardinal est resté, semble-t-il, à cause des fréquents séjours qu’y faisait du temps des papes d’Avignon, l’oncle de sa femme, le cardinal de Canillac.

Petit-fils de Roger, Raymond de Turenne renommé pour ses pillages à travers les Alpilles, qu’il tint sous sa coupe durant plusieurs années à partir de son nid d’aigle du château des Baux, fut finalement obligé de s’incliner et de donner son domaine en 1379 à Bernard de la Sale.

Le fils naturel de Bernard de la Sale, Antoine, fut le célèbre écrivain d’un des premiers romans de la langue française : « Le petit Jehan de Saintré », chef-d’oeuvre écrit en 1451. C’est l’histoire du petit Jehan dont l’éducation est faite par une jeune veuve, la dame des Belles Cousines. Devenu un chevalier accompli, Jehan, pour plaire à sa dame part en de lointaines expéditions. A son retour il espère bien avoir conquis son coeur, mais hélas, il trouve la place prise par Damp Abbé. Décidé à se venger, Jehan dévoilera à toute la cour la conduite indigne de sa dame.

En 1558, la tour est reconstruite, ans le style Renaissance que nous admirons aujourd’hui, par la famille Peytavin de Tarascon.

A la Révolution, la tour sera vendue comme bien national. Ce n’est qu’en 1961 que la famille Cabillaud conquise par la beauté des lieux et du site, décide de redonner à l’édifice sa gloire passée face aux Alpilles. Il était temps, la Tour du Cardinal était transformée en bergerie.

Le château de Roussan

En se dirigeant vers Tarascon, à quatre kilomètres de Saint-Rémy, le château de Roussan se dissimule dans un parc du côté des Alpilles. Au bout d’une allée de platanes la belle demeure, élevée par les marquis de Ganges au XVIIIe siècle, se présente sur un seul étage orné d’un balcon à l’italienne surmonté d’un fronton triangulaire.

Sur la façade une balustrade entoure la terrasse de la maison.

Au printemps et durant l’été, le château se transforme en hôtel. Le lieu est fort reposant et une piscine entourée de statues à l’antique – il s’agit d’un bassin transformée – permet de se délasser au soir d’une journée dans les Alpilles.

Saint-Paul-de-Mausole

A quelques mètres des Antiques, une allée de pins conduit au monastère de Saint-Paul-de-Mausole. Il y reste l’église et le cloître du XII° siècle. On remarquera les bandes lombardes du clocher.

En 1768, le monastère fut transformé en asile d’aliénés et eut des pensionnaires illustres dont le peintre Vincent Van Gogh. Pendant la guerre de 14-18, le Dr Schweitzer y fut interné à cause de son origine alsacienne.

Le Lac de Saint-Rémy

Une très belle promenade est offerte aux visiteurs jusqu’au lac de Saint-Rémy. A trois cents mètres au-dessous des Antiques, une route plonge vers l’ouest et s’infléchit vers le sud pour grimper dans les collines. A son extrémité se trouve un lac de barrage, vaste retenue d’eau au coeur d’un paysage splendide.

Lorsqu’on fait le tour du lac, on peut à pied rejoindre la grand route de Maussane, à la hauteur de Glanum en empruntant le sentier qui passe dans le Grand Trou. On passe à travers une grotte grâce à des échelles de fer pour accéder sur la crête de la colline longée par la route.

Les Antiques

On appelle ainsi les deux monuments splendides dans leur conservation, qui annoncent l’entrée de la ville de Glanum, le cénotaphe des Jules et l’arc municipal.

L’arc Municipale

Improprement appelé Art de Triomphe, c’est le plus ancien Arc élevé dans le Provincia Romana. Large de douze mètres, son arcade unique est décorée de caisson hexagonaux bordés oar une archivolte de fruits de la région, encadrée de victoires. Les sculptures sur les façades représentent quatre groupes de deux captifs.

Le cénotaphe

Le cénotaphe est un monument élevé à la mémoire de personnages illustres, les corps n’y sont pas ensevelis.

Stupéfiants d’élégance et de conservation, celui de Saint-Rémy construit à Caius et Lucius, les petit-fils d’Auguste morts dans la fleur de l’âge. Ce sont eux, les personnages que l’on voit au sommet de l’édifice, entouré de dix colonnes.

Quatre bas reliefs entourent la base du monument. Celui du sud se divise en trois scènes : la chasse au sanglier par les Dioscures, protecteurs de Rome, la mort d’Adonis, enfin la chute d’un cavalier. Ainsi nous trouvons deux allusions à la mort des deux princes. La scène de l’ouest représente le combat entre Grecs et Troyens pour le corps de Patrocle. Mais les soldats sont Romains, et le corps du héros représenté nu ne peut être que Caius qui, blessé à Artagère en Arménie, mourut en l’an 4 avant notre ère à Limyre. Au nord un combat de cavalerie. Enfin à l’est, d’un côté un combat contre les Amazones rappelle le pays où Caius combattit et où la légende plaçait le pays des guerrières, de l’autre trois personnages écoutent les exploits d’un héros : ce sont, au centre, Auguste entouré de Julie et de Lucius reconnaissable à sa longue canne.

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