Visite guidée des Baux de Provence

Visite des Baux

Un enchevêtrement inouï, des rocs, éboulés, taraudés par le vent, présentant des aspects étranges et des figures d’animaux ou d’inquiétantes cathédrales, aussi hautes que des temples égyptiens, laissent entrevoir des abysses où règnent des dieux inconnus, le paysage des Baux est fait de roc ; il a donné son nom au village, le Baou, le Balcium antique, l’escarpement. Car au milieu de ce charivari infernal qui eut sans doute inspiré Dante, sur un plateau, le village des Baux respire serein au soleil des Alpilles.

On accède aujourd’hui aux Baux par le col de la Vayède. Une brèche dans les anciens remparts a permis cet accès commode qui conduit de plain-pied dans le village.

Au-dessus du col, l’ancien oppidum des Bringasses est aujourd’hui accessible en voiture par les coupe-feu (voir la première partie sur la préhistoire).

Naguère le village ne dépassait guère les limites du château solidement ancré sur les falaises. Mais les temps modernes se radoucissant ont permis aux habitants de construire leurs maisons de plus en plus bas, vers Maussane et Mouriès, désertant ainsi la montagne pour la plaine. Au moyen-âge, les Baux groupent trois mille habitants. Ils ne sont plus que la moitié au XVII° siècle, et tombent à six cents au XVIII°.

Aujourd’hui, les provençaux habitent encore les Baux qui doivent à leur site l’extraordinaire renom international qui attire tous les ans des dizaines de milliers de touristes.

Il y a quelques années, les artisans d’art ont commencé à s’installer aux Baux et dans la vallée. Les premiers, courageusement ont repris le métier à tisser traditionnel. Des potiers sont venus, des forgerons et des bijoutiers, des sculpteurs et des santonniers. Les rues des Baux portent les noms de quelques artisans illustres. Louis Jou, le typographe, graveur sur bois et sur cuivre a laissé sa marque dans l’histoire du livre moderne. Créateur d’un alphabet, miniaturiste précieux, façonneur de lettrines et de culs-de-lampes, il a laissé quelques livres entièrement composés à la main qui sont des chefs-d’oeuvre et qui connaissent la célébrité.

Lorsqu’on pénètre dans les Baux on passe devant une cheminée détruite, vestige de la maison du Roi, appelée ainsi car servant de logis au représentant de l’autorité royale. Pierre de Vérac, viguier des Baux de 1575 à 1607 l’habita.

Aujourd’hui restaurée, cette maison abrite dans sa partie encore debout la poste et le syndicat d’initiative.

La rue Porte-Mage, continuée par la Grand-Rue, passe devant les hôtelleries, les vitrines des artisans d’art et des marchands de souvenirs, installés dans les anciennes maisons du village. De larges voûtes en arêtes ou plein cintre, de belles cheminées les décorent. La maison de Jean de Brion (XV° siècle) où vécut le sculpteur graveur Louis Jou abrite une exposition du livre.

Plus loin, la belle façade Renaissance de l’hôtel de Manville abrite la mairie. Construite par un architecte du Vivarais, Flayelle, on voit encore la trace, sur la partie de la rue des Fours qui suit, d’un ponceau qui reliait l’hôtel à une dépendance du XVI° siècle, dont il reste la monumentale fenêtre. On lit sur le linteau la devise protestante : « Post tenebras lux – 1571 ». Cet « Après les ténèbres, la lumière », rappelle les luttes religieuses des Baux au cours desquelles les Manville prirent le parti réformé.

La rue des Fours doit son nom aux 5 fours banaux mis à la disposition de la communauté et dont le seigneur tirait des bénéfices. Dans son prolongement la rue du Trencat est taillée dans le rocher; par elle on parvient jusqu’au plateau qui prélude la visite du château.

C’est l’hôtel de la Tour du Brau qui garde l’entrée du plateau ; un musée lapidaire y a été installé. Puis laissant le minuscule cimetière à droite, et la chapelle Saint-Blaise à demi ruinée à gauche, on longe l’ancien hôpital Saint-André qui abritait les lépreux.

Sur le plateau se dressent les ruines d’un moulin à vent assez récent, puisque ceux du village et du château furent rasés en 1633 sur l’ordre du maréchal de Vitry. Sur la partie occidentale, une vaste surface dallée servait à recueillir les eaux de pluies qui se déversaient dans une vaste citerne. A la pointe du plateau, le monument dédié au poète Charloun Rieu se dresse face à l’immensité du paysage qu’il a célébré et qui se déroule jusqu’à la mer que l’on aperçoit par temps très clair.

Le château

La porte de l’Auro, la porte du vent, n’existe plus. C’est par son emplacement que l’on pénètre sur les ruines du château des Baux. A gauche la tour des Banes, à droite la tour Sarrasine encore debout, solidement assise sur le rocher. Devant nous le Terras, vaste emplacement où aux temps féodaux étaient construits les communs, les magasins et les écuries. Puis les restes de la chapelle Notre-Dame du château du XII°, transformée au XVI° siècle annoncent l’entrée proprement dite du Castel. En contre-bas dissimulées, les alvéoles régulières du pigeonnier alternent leurs trous creusés dans le rocher ou taillés dans la pierre de taille.

Du château proprement dit il ne reste que des pans de murs. Il faut imaginer les chambres richement ornées, les salles de réception, les appartements. On monte par un escalier moderne sur ce qui subsiste du donjon quadrangulaire construit au XIII° siècle. La salle du rez-de-chaussée montre encore sa voûte en croisée d’ogives. A sa base une plaque porte gravés les vers de Mistral dans Calendal qui disent : « Voici les armes coutumières des princes des Baux, la première, par l’ancienneté de son nom et par sa splendeur, des grandes familles provençales : race d’aiglons jamais vassale, qui de la pointe de ses ailes, effleura la crête de toutes les hauteurs ». Et au-dessus de la plaque, l’étoile des Baux à seize rayons étale la magnificence de sa mystérieuse origine.

L’église Saint-Vincent

En redescendant du château, par la rue Trencat, on tourne à gauche pour descendre vers l’église Saint-Vincent. Au coin de la place de l’Eglise se trouve la maison des Porcelet, noble famille des Baux qui la construisit au XVI° siècle.

La « lanterne des morts » installée sur le côté de l’église est de la même époque. Cet élégant campanile d’où se penchent des gargouilles recélait, dit-on, une flamme lorsque la nuit la mort rodait dans les ruelles.

Un large escalier monte jusqu’à la nef de l’église romane au clocher carré coiffé d’une pyramide. Le porche est en plein cintre encadré de colonnettes. Les deux premières travées et le bas-côté sud de l’édifice sont du XII° siècle. Le bas-côté nord est du XVI°, et comprend les chapelles des Tondeurs de troupeaux, de Saint-Sébastien et des Manville. De l’autre côté se trouvent les chapelles de Sainte-Luce, de Sainte-Anne et du Rosaire où est placée une barque des Saintes-Maries-de-la-Mer.

L’Eglise était bâtie sur des cryptes creusées dans le rocher et où étaient ensevelis les consuls et les personnages célèbres des Baux. On remarquera les vitraux modernes du chevet qui sont l’oeuvre du maître verrier Max Ingrand.

Sur la place, la chapelle des Pénitents blancs orientée nord-sud, fut élevée au XVII°. La confrérie s’occupait surtout de la sépulture des pénitents qui étaient enterrés dans la crypte. Tombée en ruines, elle fut restaurée par la Maintenance des confréries de pénitents de langue d’Oc en 1910 et attribuée à Sainte-Estelle.

Au-dessus de la porte deux pénitents agenouillés surmontent les bossages qui ornent l’entrée.

On revient au parking de l’entrée en longeant les terrasses où se pressent les maisons anciennes. La porte Eyguière se dresse encore en contrebas, avec ses chemins de ronde et ses multiples défenses. Autrefois seule porte de la cité, elle a été abandonnée récemment.

Promenades autour des Baux

La montée jusqu’au plateau des Bringasses n’est pas la seule promenade que l’on puisse faire aux environs immédiats des Baux.

A partir du col de la Vayède, on peut, redescendant vers Maussane, prendre à droite, dans l’épingle à cheveux du grand virage à flanc de colline, le sentier qui conduit à une chapelle en piteux état. Au-dessus de la construction, un rocher montre la curieuse sculpture dite des « Trémaié ».

On a longtemps cru qu’il s’agissait d’une représentation des Saintes-Maries-de-la-Mer, d’où le nom. En fait on a tout lieu de croire qu’il s’agit d’un monument votif élevé par un romain aux membres de sa famille. Plus loin vers le sud, une deuxième sculpture romaine montre, elle, deux personnages en buste cette fois.

Le Val d’Enfer se parcourt rapidement en voiture par la route qui dessert les hôtels du fond de la vallée. On circule entre des escarpements rocheux impressionnants, tant par leur hauteur que par leurs déchirures. Dans la plaine des Baux, se trouve le Pavillon de la Reine Jeanne, élevé en fait par Jeanne de Quiqueran, épouse d’un gouverneur des Baux. Magnifique dans son style Renaissance, proportionné, chaud dans sa patine dorée, ce pavillon mérite qu’on aille le visiter. Mistral ému par tant de grâce ténue en fit faire une copie pour son tombeau.

A flanc de colline du côté de Costapéra, s’ouvre la grotte des Fées, où Mistral place la demeure de Taven-la-Sorcière. Les salles ont reçues des noms de poète ; « Lou Recatadou de la Ratopenado (le refuge de la chauve-souris), Lou Gourgarèu infernau (le conduit infernal), l’Atahut de Misé Taven » (le sarcophage de la sorcière).

Infestée de chauves-souris, qui avaient laissé sur son sol une grande épaisseur de guano, la grotte faillit être exploitée industriellement au siècle dernier. Les recherches qu’on y a faites ont permis de découvrir les traces abondantes de la civilisation néolithique, à travers les cavernes du cauchemard, de l’exorcisme, de la Mandragore et des Esprits fantastiques.

En prenant la route de Maillane, on rencontre sur sa droite d’anciennes carrières aux allures de cathédrales. Plus haut dans la montagne, les anciennes carrières de Sarragan. La coopérative vinicole des Baux y a installé un lieu de dégustation extrêmement agréable lorsque la chaleur percute la roche à I’extérieur et que les voûtes restent aussi fraîches que le rosé de Provence.

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