Le mystère des stèles anthropomorphes dans les Alpilles

 

Les Alpilles d’aujourd’hui sont plus que jamais provençales. Elles ne sont pas devenues le fief de  « franchimans » nouveaux propriétaires de quelques mas, ces belles maisons éparses dans la campagne, mais au contraire, elles les absorbent, les transforment en provençaux aussi acharnés à défendre le sol que le furent autrefois les princes de cette terre.

Entre le Rhône, la Durance, et la Grande Crau, un vaste triangle rassemble la Montagnette, la plaine alluviale de l’ancien lit du fleuve et les Alpilles ; ces étonnantes collines, prémices des Alpes, culminent à 493 mètres d’altitude au signal « Dis Aupiho ».

D’un côté, Beaucaire et Tarascon sont inséparables. Même si l’une est en Languedoc et l’autre en Provence, ces villes marquées par le Rhône qui les unit ont mêlé leur histoire, des discordes parfois cocasses et de réelles amitiés. A l’est, Orgon domine la Durance en regardant le Lubéron alors que Lamanon rêve encore au souvenir des cours d’amour à la lisière du pays d’Aix.

Au milieu de ces personnages, le site le plus orgueilleux qui soit élève des ruines acérées au milieu des rochers : les Baux.

Ici respire la Provence fière, celle de l’indépendance à tout prix, des grandes familles, des catholiques et des protestants, des seigneurs et des bandits, des Ligures, des Grecs et des Salyens.

Déjà les éléments de cette chronologie fantastique se mettent en place dans les grottes du paysage, nous disons ici les « baumes ». Au III° millénaire avant notre ère commencent les premiers habitats humains. Escanin, Costapera aux Baux ; la Calade près de Fontvieille ; la Baumo Sourno, la Restelade ou encore l’atelier de taille du silex en plein air du gisement Martin aux alentours d’Eygalières, sont des abris qui datent du Néolithique.

2000 ans avant J.-C. le Chalcolithique pénètre les Alpilles. Dans le célèbre Val d’Enfer, au pied des Baux, la grotte des Fées, où Mistral place le repaire de la sorcière Taven, s’enfonce à plus de deux cents mètres dans la montagne. Sa fouille a permis de découvrir des vestiges très nombreux de la vie à cette époque : lames et flèches en silex, haches de pierre polie, poinçons en os, fragments de poteries, etc… Mais c’est à Orgon que l’on trouve les stèles anthropomorphes. Dans la vallée de la Durance, les découvertes se succèdent à Sénas, Trets et jusqu’à l’intérieur des Alpilles à Eygalières. Ces stèles exposées au musée Calvet d’Avignon montrent la figuration d’une tête humaine entourée d’une ornementation de chevrons.

L’absence rituelle de la bouche symbolise le silence qui caractérise la vie nouvelle après la mort. Seuls les yeux et le nez esquissent une expression humaine à ces stèles qui évoquent les statues-menhirs du Gard. Sans doute monuments funéraires, ces timides essais de figure humaine sont profondément curieux à découvrir dans leur émouvante stylisation.

C’est par la mort que les hommes du Chalcolithique nous sont le mieux connus. Les hypogées des collines de Cordes, du Castellet, entre Fontvieille et Montmajour, en témoignent. Chambres mortuaires taillées dans la mollasse, ces hypogées ont été fouillés au siècle dernier de façon empirique, mais les travaux viennent de reprendre récemment grâce à l’action de Gérard Sauzade, assistant à la direction des antiquités préhistoriques. Le roc de ces salles funéraires a été creusé au pic, blocs de quartzite pointés qui portent encore la trace de la rainure d’emmanchement. Le plus grand de ces hypogées se trouve sur la colline de Cordes, mais est inaccessible au public. Pourtant les quarante deux mètres de longueur du monument, les blocs de plusieurs tonnes qui le recouvrent en font un mégalithe spectaculaire.

Lentement sur cette région se formera un peuple dont les voyageurs de l’antiquité noteront le nom. Les Ligures étendront leur zone d’influence du Rhône aux plaines lombardes vers le X° siècle avant notre ère, et connaîtront une civilisation florissante.

Seuls d’abord, puis lentement pénétrés par les envahisseurs Celtes au cours des périodes de Hallstat puis de la Tène, les Ligures vont vivre à partir de 500 avant J. C., la civilisation des oppida.

Un oppidum, c’est un coin de rocher difficile à atteindre comme celui des Bringasses face aux Baux ; ou un morceau de plateau protégé par des falaises verticales formant mur pour s’abriter, comme aux Caisses de Jeanjean au-dessus de Mouriès ; ou encore un site haut perché dominant une vallée comme à Beauregard au-dessus d’Orgon. Là, les hommes sont à l’abri de l’ennemi probable, des guetteurs sont constamment à l’affût, des provisions sont entassées, les sanctuaires devraient y être inviolables.

La visite du refuge des Bringasses montre à quel point le site était fortifié. Un fossé creusé dans le rocher le sépare du plateau. C’est par un pont de pierre que l’on pénètre à travers la porte en chicane, puis entre les deux murailles où passe le chemin de ronde. Au-delà seulement se trouvent les constructions celto-ligures.

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