La Révolution de 1789 dans les Alpilles

 

La nuit du 4 août 1789 qui déclenche la Révolution a des retentissements plus ou moins prononcés dans les Alpilles. Ainsi à Saint-Rémy, le conseil de la communauté adopte cette motion : « Les plus anciennes chartes qualifient cette communauté de ville royale et inaliénable, et malgré les titres les plus sacrés, elle a été cependant démembrée du domaine de la Couronne pour des motifs insuffisants pour faire taire la loi d’inaliénabilité, et par suite de ce démembrement, elle a circulé dans le commerce, comme si une communauté d’habitants pouvait subir l’humiliation de la vénalité ».

La grande peur qui suivit au cours de cette année là, reste limitée entre les Baux et Châteaurenard. Pourtant les échauffements ne tardent pas à s’amplifier, et en 1792 des troubles éclatent à Châteaurenard, Graveson, Maillane, les Baux, Tarascon. En septembre, Eyguières prend la tête d’une coalition de communes contre les arlésiens et leurs gardes nationaux. Une rencontre oppose les deux forces au col de Mélet, au-dessus d’Eyguières. Deux cents Arlésiens armés d’un canon sont à la recherche de suspects. Ils rencontrent les gens de Salon et des villages environnants, soit six cents hommes et s’affrontent bien que les consuls d’Eyguières tentent d’apaiser les esprits. Mais un coup de feu claque, déclenchant la fusillade générale. Au cours de la bagarre, les Arlésiens perdront leur canon, compteront six morts et sept blessés, tandis que les communes perdront deux morts et déploreront cinq blessés.

A Mouriès où la garde nationale est entre les mains d’un coquin, Leblanc de Servane, quelques sans-culottes s’emparent au mois de décembre d’un berger nommé Orèpe, l’accusent d’avoir volé un mouton, l’attachent sur la place du village contre l’arbre de la liberté, puis le précipitent dans un puits.

Manson Saint Romans, maire des Baux, qui tente de s’opposer à Leblanc est attiré dans un guet-apens et tué en mars 1793 à coups de poignard. Puis ce sont d’autres opposants, Louis Taugai, Malbrau, Nicolas Villevieille, Mouret, un garçon de 15 ans surnommé la Cigale, qui sont attrapés et pendus sans jugement aux arbres du chemin. Leblanc fait régner la terreur sur la vallée des Baux. Certains s’enfuient et se cachent dans les grottes des collines. Pendant plusieurs mois, les mas des environs sont soumis à des taxations vexatoires.

Un espoir surgit de se débarrasser de Leblanc lorsqu’est créé un groupe de sectionnaires. Mais ce dictateur de village parvient à faire venir un détachement des Allobroges, ce régiment descendu des Alpes sur Marseille et dirigé par Carteaux, qui fait régner la terreur sur son passage. Tous les sectionnaires trouvés sont emmenés en Arles puis dirigés sur Marseille où plusieurs d’entre eux seront guillotinés.

A Eyguières, c’est le 4° bataillon de l’Ardèche qui vient semer la violence. Le bataillon a acquis une triste réputation en détruisant le village de Bédoin situé au pied du Mont Ventoux. Ses hommes saisissent quarante suspects qui sont emprisonnés à Orange où fonctionne une guillotine. Les malheureux seront sauvés de justesse par la fin de la Terreur.

A Eygalières cinquante personnes sont arrêtées.

La chute de Robespierre entraîne l’arrestation massive des Jacobins. Une cinquantaine sont emprisonnés au château de Tarascon. Le représentant Cadroy vient lui-même ordonner le massacre des suspects et excite les « modérés », nouveaux vainqueurs, dans leur office de bourreaux. Les prisonniers sont poussés à coups de baïonnettes depuis la terrasse du château vers le vide et précipités dans le Rhône. Mistral raconte dans ses souvenirs d’enfance comment seul le nommé Liautard de Graveson parvint à se cacher dans une cheminée, puis la nuit venue descendit dans le fleuve en nouant les vêtements de ses camarades bout à bout, le traverse à la nage et se réfugie à Beaucaire.

Ainsi se termina la flambée de massacres de l’an IV de la liberté, 1792, dans ce que l’on a appelé à cause de ses tueries, la Vendée provençale.

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