La religion du taureau à Nîmes

Un jour le dieu Mithra attrape à la course un taureau sauvage. Il se suspend à ses cornes, le fatigue et terrasse l’animal de la même façon que dans certaines figures de la corrida portugaise.
Le culte de Mithra s’associe étroitement à celui du taureau. Si à Nîmes même on n’a pas retrouvé de souvenirs de son culte, les découvertes de Narbonne, Arles et le mithreum de Bourg-Saint-Andéol sont là pour attester l’influence de Mithra dans la région.
On suit les traces de la religion du taureau dans les cérémonies de la déesse Cybèle, dont la popularité est immense aux IIe et IIIe siècles. Et c’est à Nîmes, en 1843, que se fait la plus grande des découvertes.
Un taurobole est mis au jour. A première vue, il s’agit d’un simple puits, profond de six mètres, de un mètre vingt de diamètre. Au fond un amoncellement d’ossements de taureaux. Le puits est fermé par une plaque percée de trous.
C’est là que se faisaient les sacrifices à Cybèle, la déesse mère. Héliogabale reçut le taurobole. Grâce à lui, la vie et la santé de l’empereur étaient préservées, et les colonies restaient prospères. Prudence décrit la cérémonie qui durait trois jours et s’achevait par le sacrifice du taureau : un homme est placé au fond du puits ; les prêtres égorgent le taureau sur la planche percée de trous et le sang coule à flots, ruisselle sur le tauroboliatus, l’homme sanctifié par le sang régénérateur qui est ainsi purifié pour l’éternité.
A sa sortie du puits, la foule se prosterne devant lui, le considère comme un homme extraordinaire et protégé des dieux.
Souvenons-nous que, vers la fin du IIIe siècle, l’empereur Claude II identifie l’ancien Jupiter Capitolin et le dieu Mithra, désormais représenté sous les traits du soleil invincible.
La Camargue toute proche de Nîmes a produit des taureaux depuis l’antiquité. Il n’est dès lors pas étonnant que Nîmes ait eu jusqu’au XVIe siècle comme armoiries un taureau marchant, qui sera remplacé par le crocodile par François Ier en souvenir de l’empereur Auguste. Dans la rue des Marchands, une façade de la Renaissance, tout comme Ia façade du château ducal d’Uzès, montre une frise de taureaux, ce qui confirme l’influence de cet animal au cours des siècles.
De toute façon, il y eut toujours des jeux où figurait le taureau, bien que la corrida ne soit venue d’Espagne qu’au début du XIXe siècle.
En 1810, les premières ferrades ont lieu à Nîmes. En 1832, une ferrade de quinze taureaux se déroule en présence du duc d’Orléans.
Le 16 avril 1839 se déroule « un grand combat composé de huit forts taureaux qui seront poursuivis à cheval par les intrépides Paulet et Poitevin, montés, l’un sur le fameux cheval Aérien et l’autre sur le cheval Ardent, et seront combattus par Ravel et Grandjean », annoncent les affiches.
Il y aura aussi des « Jeux espagnols composés de sept vigoureux taureaux dont quatre porteront une cocarde ; le prix de la cocarde des trois premiers sortants est fixée à dix francs, celui de « Bonne Blanche » est fixé à trente francs. Vingt toréadors (acteurs distingués) concourront seuls aux prix. »
Les premières corridas intégrales, avec mises à mort telles qu’on les pratique aujourd’hui aux arènes, ont eu lieu à Nîmes les 10 et 14 mai 1863 avec El Tato et El Regalero, deux toreros espagnols célèbres.
Depuis les corridas nîmoises n’ont pas cessé. Et la feria de Nîmes fait partie des grandes manifestations taurines au mois de mai.
Après la visite des arènes, on remonte le boulevard Victor-Hugo. A mi-chemin se trouve l’église Saint-Paul, de style roman-byzantin, ornée de fresques de Flandrin lors de sa construction vers 1849. Puis on passe devant la façade de l’ancien théâtre construit en 1800 et incendié en 1809. On se trouve alors sur le côté de la Maison Carrée.

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