Histoire et guide d’Uzès, tout savoir sur le premier Duché de France

Les trois pouvoirs d’Uzès
La première mention d’Uzès se trouve sur une stèle romaine. Parmi toutes les cités dépendant de Nîmes, le Castrum Ucetiae avait une certaine importance. Sans doute commandait-il les routes du nord-est, lors des premières décades de la conquête latine,
De nombreux vestiges de villas, stèles et mosaïques montrent que la région fut très tôt exploitée. Couverte de vignobles, elle se transforme en grenier à blé sous Domitien. Des habitants primitifs, Celto-Ligures, puis Volques Arécomiques, il ne reste que quelques dolmens éparpillés dans les garrigues alentour.
Les premiers chrétiens d’Uzès se réunissent au centre du camp fortifié romain, dans une crypte occupée dès le IIe siècle.
La bourgade vit heureuse, durant quelques siècles avant de connaître les invasions. Vandales et Wisigoths se succèdent avant que Théodebert, petit-fils de Clovis, ne vainque les derniers dans la plaine de Saint-Eugène, près d’Uzès, en 532. Le chef franc sera reçu dans la cité par l’évêque Roricius. Celui-ci est remplacé par Firmin sur le siège épiscopal d’Uzès, et fut le premier saint de la ville. Son corps est enseveli dans l’église Saint-Baudile qu’il avait fait construire. Son successeur, saint Ferréol, élève l’église des Saints-Pierre-et-Paul et tente de convertir les nombreux juifs d’Uzès. Mais le roi Childebert s’inquiète de cet apostolat et exile Ferréol à Paris.
De l’épopée sarrasine du VIIIe siècle on n’a qu’une tombe, trouvée près de la crypte chrétienne.
En 877, l’évêque Wilfrid assiste à la Diète au cours de laquelle Charles le Chauve se concilie les seigneurs féodaux, mais après un bref retour à la monarchie française, Uzès, devenu comté, sera cédé au royaume de Provence.
Durant deux cents ans, l’Uzège est gouvernée par les comtes de Toulouse, qui délèguent leurs pouvoirs à un gouverneur.
C’est l’époque où les Uzétiens obéissent à trois pouvoirs, celui du roi par l’intermédiaire des comtes de Toulouse, vassaux du roi de France, celui du seigneur d’Uzès, gouverneur délégué, et celui de l’évêque. La prédominance de ce dernier apparaît d’ailleurs au grand jour puisque des trois tours, du roi, du baron et de l’évêque, c’est celle-ci la plus haute.
En ce haut Moyen Age, les seigneurs d’Uzès participent aux croisades et les évêques font rebâtir la cathédrale Saint-Théodorit dont il ne reste aujourd’hui que la très gracieuse tour Fenestrelle.
La mainmise par l’évêque sur l’autorité d’Uzès s’appuie sur ses habitants qui nomment des consuls ainsi que dans les autres grandes cités du Languedoc. Ceux de la ville sont nommés dans la charte de 1206. Elle garantit les habitants de l’immunité de logement des troupes, qui n’ont plus le droit de pénétrer à l’intérieur des remparts.
L’hérésie albigeoise va passer sur Uzès. En 1177, ses fidèles détruisent la cathédrale, tandis que l’évêque Raymond II prend la fuite. Plus tard, Simon de Monfort guerroie avec son successeur Raymond IV, qui reçoit en remerciements le pouvoir dont les comtes de Toulouse ont été dépossédés et, le 2 juin 1226, le roi Louis VIII fait une entrée triomphale dans Uzès.
L’évêque remplace définitivement les anciens comtes et se place sous l’autorité du roi de France.
La chronique d’Uzès
Ecrite au Moyen Age par un clerc de la cathédrale Saint-Théodorit, elle résume une grande partie d’archives qui ont aujourd’hui disparu. Malgré les erreurs de dates que l’on y trouve, c’est un document important pour l’histoire des premiers siècles de la ville d’Uzès.
Dhuoda, fille de Charlemagne
Epouse de Bernard, duc de Septimanie, elle meurt en 843 à Uzès où elle a vécu longtemps. C’est la première femme qui écrivit un livre pieux, rédigé à l’intention de son deuxième fils, Vislabert. Elle lui recommande, dans ce traité en latin, l’amour de Dieu, la fidélité au suzerain, la charité et la justice.
Monnaies Carolingiennes
Déjà, sous les Carolingiens, la cité d’Uzès avait le droit de frapper monnaie. On a retrouvé en particulier des pièces d’or et d’argent portant la mention Ucetiae Civitas, ainsi qu’un sou d’or au nom de Charlemagne, Karolus, portant au revers la mention Ucetia. Le privilège de frapper monnaie fut reconduit sous les Capétiens par Louis VII.
Les vicomtes d’Uzès
L’histoire des comtes d’Uzès commence avec Elzéard, seigneur vassal des comtes de Toulouse, au début du XIIe siècle. Son fils Decan avait déjà pour armes « de gueules à trois bandes d’argent » qui caractérisent l’écu d’Uzès, aujourd’hui surmonté de trois fleurs de lys sur champ d’azur.
Decan, après une croisade, laisse la seigneurie à son fils Bermond. Parmi ses huit enfants, quatre sont évêques : de Nîmes, d’Uzès, de Lodève et de Viviers.
Bermont Ier a pour successeur son fils Raymond dit Rascas (le Chauve), à qui succède Bermond II. C’est ce seigneur qui se vit déposséder de sa viguerie par Simon de Montfort, au profit de l’évêque d’Uzès.
Decan II, puis Bermond III terminent la première époque de la maison d’Uzès.
Robert Ier est le premier de la lignée à porter le titre de vicomte. Sa vaillance à la bataille de Cassel en 1328 remportée par Philippe de Valois sur les Flamands, lui attire la reconnaissance royale qui érige la seigneurie d’Uzès en vicomté.
L’histoire des vicomtes se poursuit avec Decan III, Raymond II, Alzias tué au siège de Tunis, Robert II et Jehan, dernier mâle de la famille des Decan seigneurs d’Uzès, qui veillaient sur la ville depuis le Xe siècle. Sa fille Symone est à l’origine de la lignée des ducs d’Uzès, qui sont parvenus jusqu’à notre époque, par son mariage avec le comte de Crussol, en 1486.
Le bienheureux Robert d’Uzès
Né à Uzès en 1263, fils de Décan II et d’Ennegonde, Robert étudie en Avignon puis, ordonné prêtre, s’installe à Orange avant d’évangéliser le Midi de la France. Il mourut à Metz, à son retour du chapitre général des Frères prêcheurs. Lors du transport de son corps de Metz en Avignon, la légende raconte que le cercueil « s’éleva dans les airs, soutenu par les anges jusqu’au lieu de sa sépulture ».
La règle Verdeline
En 1336, une ordonnance du pape d’Avignon, Benoît XII, rétablit la discipline parmi le chapitre d’Uzès. Rédigée par le canoniste Arnaud de Verdale, on lui donna son nom : la règle Verdeline.
Les armoiries d’Uzès
La ville porte « d’argent à trois fasces de gueules au chef de France. L’un accolé de deux palmes de sinople liées du champ ». C’est le roi Charles V qui autorise en 1364 les consuls à joindre les armes de France au blason uzétien car la ville avait lutté contre la féodalité. Seules une dizaine de villes françaises ont ce privilège, dont Paris, Lyon, Narbonne et Toulouse.
De la révolte des Tuchins à la Coculade
Tandis que les seigneurs d’Uzès se succèdent et que le pouvoir temporel des évêques commence à s’affaiblir, se place entre 1382 et 1383, la révolte des Tuchins. Commencée dans les villes proches de Pont-Saint-Esprit et de Bagnols, la révolte des Tuchins met la main sur les greniers à sel des environs et fait respecter par la force l’abandon, par le roi, des droits sur la gabelle que ses officiers continuaient à percevoir pour leur propre compte.
A Uzès, les Tuchins se promènent librement en armes et reçoivent le soutien de certains ecclésiastiques. Mieux encore, ils s’emparent de plusieurs châteaux des environs appartenant à des seigneurs alliés aux Anglais. Finalement, les Tuchins reçoivent l’absolution et rendent les châteaux occupés.
L’évêque d’Uzès possédait, entre autres droits féodaux, celui du « Vet du vin », la vente du vin. Le consul Milon, en 1423, essaie de partager ce droit en arborant sur la porte de sa maison un rameau de bruyère, insigne de la vente du vin.
Mais vicomte et évêque ne s’entendaient plus du tout et une rixe éclata entre gens des deux seigneurs. Un serviteur de l’évêque Gabriel est tué d’un coup de couteau, à l’auberge de « l’Escu de France » ; les meurtriers sont mis en prison, où le vicomte Jean vient les délivrer. Finalement le vicomte, qui est allé plaider sa cause auprès de Pie II, est acquitté.
Plus tard, c’est avec le sénéchal représentant le roi que l’évêque eut maille à partir. Une femme condamnée au supplice des fourches patibulaires par les juges de l’évêque en est descendue par les gens du sénéchal, qui interdit de plus à l’évêque d’élire les consuls et fait arracher le grand portail de l’évêché.
L’évêque Mareuil, qui demeurait alors à la cour d’Avignon, fait condamner le sénéchal et les fourches patibulaires du lieu-dit « la Coculade », près d’Uzès, sont remontées.
C’est d’ailleurs sur ce lieu de supplice que la sorcière de Boucoiran fut bastonnée, pour avoir été au sabbat au bord du Gardon en compagnie d’un diable nommé Robin.
Les Tuchins
On appelait ainsi les brigands ou coquins qui tinrent le pays durant les années 1382-83, du mot patois touschino. Ils se reconnaissaient à leur veste, la jaque serrée par une ceinture rouge. Une de leurs assemblées à Uzès en réunit six cents.
Les Nîmois, excédés par leurs manoeuvres, appelèrent en signe de dérision Tuchins, les valets de leurs jeux de cartes.
L’imprimerie ambulante de Maugras
En 1483, l’évêque Maugras engage un imprimeur ambulant, Jean Dupré, et lui confie pour la première fois le bréviaire à imprimer. L’ouvrage est terminé en 1493 et comprend 368 pages, imprimées recto seulement. En même temps, l’évêque demande aux imprimeurs Jean Numeister et Michel Topie, de Lyon, d’imprimer le premier missel diocésain français, dont il ne reste qu’un seul exemplaire conservé à la Bibliothèque Nationale.

Les six fils de Charles de Crussol
Le 24 juin 1486, il y a des feux de joie sur les places d’Uzès pour saluer le mariage de Symone d’Uzès et de Jacques de Crussol dont naît un fils, Charles. Originaire du Vivarais, Jacques est grand chambellan, grand panetier de France, gouverneur du Dauphiné, capitaine de 200 archers de la garde du roi. L’époux de Symone partage désormais ses armes avec celles de la maison d’Uzès.
Nommé sénéchal par Louis XII, il reçoit la charge des châteaux de Nîmes et de Gallargues, avant d’être nommé gouverneur de Gênes.
Déjà s’affirme la vocation des Crussol d’Uzès, qui sont désormais liés aux grandes heures de l’histoire de France. Qu’on juge par le seul exemple des six fils de Charles de Crussol.
Antoine, son fils aîné, devient duc et pair de France ; Jacques, le cadet, succédera à son frère. Charles, le troisième, sera tué au cours des guerres de religion par les catholiques. Galiot, le quatrième, sera victime de la Saint-Barthélemy. Jean sera tué au siège du Havre. Louis meurt à Metz d’un coup de pistolet accidentel. Charles de Crussol avait également six filles.
Lorsque Antoine de Crussol épouse Louise de Clermont-Tallart, au château d’Amboise en 1556, c’est en présence du roi Henri II, de Marie Stuart reine d’Ecosse, de la famille royale et des plus grands personnages de la cour de France. Et le roi érige, en cadeau de noces, la baronnie de Crussol en comté.
Nicolas Froment, peintre de l’école d’Avignon
Né à Uzès au XVe siècle, Nicolas Froment fut appelé à Aix-en-Provence par le roi René. Froment est un des rares peintres de l’Ecole d’Avignon d’origine méridionale. Il est l’auteur du fameux triptyque de la cathédrale d’Aix. Le musée de Florence conserve une de ses oeuvres. Il eut de nombreux élèves, dont l’auteur du Rétable des Perussis qui se trouve au Metropolitan Museum de New York.
Duc d’Uzès et pair de France
Dès 1547, il y a une Eglise calviniste à Uzès, qui tient ses réunions dans un pré, ce qui n’empêche pas l’évêque de répondre à une enquête « qu’il n’y a point de sectaire dans la cité où tous les habitants se comportent en sujets soumis au roi ». L’année qui suit son mariage, Antoine de Crussol collabore avec l’évêque pour sauver des galères un certain nombre de religionnaires, alors qu’officiellement leurs gens tentent d’arrêter un prédicant en plein coeur d’Uzès ; la foule empêchera cette molle tentative. Il est vrai que l’évêque Jean de Saint-Gelais, non seulement présente des requêtes au roi en faveur des calvinistes, mais prêche lui-même la doctrine dans sa cathédrale.
Entre octobre et décembre 1561, les réformés d’Uzès s’emparent de l’église de Saint-Roman avec la complicité de l’évêque de la cathédrale.
Pour conjurer cette révolte, le roi Charles IX confère au comte de Crussol l’ordre de Saint-Michel et, le 10 décembre, le nomme commandant des provinces du Languedoc, de Provence et du Dauphiné. Chargé de faire respecter l’autorité royale et la liberté religieuse, le comte de Crussol, à la tête de cinq compagnies de gendarmes et d’un corps d’arquebusiers, fait rendre leurs lieux de culte aux catholiques.
De retour à la cour, le comte mécontent de l’influence grandissante du duc de Guise se retire dans ses terres et, à la fin de l’année, accepte de devenir le chef des réformés à condition que l’on continue à reconnaître l’autorité du roi. Des années de lutte entre les partis huguenots et catholiques dévastent la région. Le comte de Crussol parvient à faire arrêter le sinistre baron des Adrets et guerroie à travers le Dauphiné et le Comtat Venaissin, où il perd son frère devant Orange.
L’édit d’Amboise de 1563 accorde l’amnistie générale et une paix temporaire. Et après avoir soutenu ses droits par les armes durant encore quelques mois, le comte de Crussol finit par accueillir le roi Charles IX chez lui, le recevant au château de Saint-Privat, près du Pont du Gard, et l’accompagne à Nîmes.
Au mois de mai 1545, Charles IX récompense Antoine de Crussol en créant le duché d’Uzès. Puis, après quelques années passées à la cour, Antoine reçoit le titre de pair de France, en janvier 1572.
La maison carrée de Nîmes transformée en tombeau ?
Veuve d’Antoine de Crussol, premier duc d’Uzès, Louise de Clermont avait engagé des négociations pour acquérir la Maison Carrée de Nîmes et en faire le tombeau de son époux. Le projet fut abandonné et la Maison Carré transformée en étable.
Jacques de Crussol, le baron d’Acier
Antoine de Crussol n’a point de descendance ; c’est donc son frère Jacques, baron d’Acier, seigneurie qu’il possédait, qui devient duc et pair de France. Alors qu’Antoine restait catholique, Jacques était devenu protestant et chef des réformés. En 1563, il est nommé gouverneur de Nîmes, puis commandant pour le roi des provinces du Languedoc. En 1567, il ordonne à tous ses partisans de prendre les armes pour conjurer les réactions catholiques. C’est à ce moment qu’a lieu à Nîmes le massacre de la Michelade. A Uzès, on se contente de chasser les catholiques, d’armer les troupes et de redémolir la cathédrale Saint-Théodorit, pour renforcer les remparts.
Jacques de Crussol s’empare ensuite du château royal de Nîmes, puis fait le siège de Montpellier. La paix de Longjumeau, en 1568, met fin à la guerre et les places fortes du Languedoc, dont Uzès, font leur soumission au roi.
L’édit du 25 septembre 1568 rendant obligatoire la religion catholique, déclenche la plus vaste des guerres de religion. Jacques de Crussol lève une armée de plus de vingt mille hommes et rejoint le prince de Condé. Après la mort de ce dernier à la bataille de Jarnac, il met le siège devant Poitiers où il est blessé deux fois. Il reçoit alors le grade de colonel général de l’armée française. Mais à la bataille de Montcontour, il est fait prisonnier et libéré contre une rançon de 10.000 écus dont le pape, plein de clémence, ne voulut point.
A Uzès, refusant de désarmer, les huguenots tuent les prêtres et les catholiques, avant de s’apaiser lors du traité de La Rochelle de 1573.
C’est après le siège de cette ville qu’Antoine meurt, laissant à son frère Jacques le titre de duc d’Uzès.
A la mort de Charles IX, Catherine de Médicis oppose le nouveau duc au connétable de Montmorency-Damville. Et c’est ainsi que le grand chef protestant prend la tête de troupes catholiques pour s’opposer à des troupes protestantes conduites par un catholique.
A Uzès, les habitants ralliés au parti protestant ne sont pas inquiétés, leur suzerain-duc ayant voulu faire preuve de magnanimité, tout en conservant son bien intact,
En récompense de ses services, Jacques de Crussol est le deuxième chevalier de l’ordre du Saint-Esprit, fondé par Henri III, nouveau roi de France ; il meurt en 1586.
Le duché d’Uzès à la couronne
Lorsque la seigneurie d’Uzès fut érigée en duché en 1565, il fut stipulé que « à défaut de descendants mâles d’Antoine de Crussol et de ses frères, les terres du duché d’Uzès feront reversion à la couronne ». C’est le seul duché de France qui supporte cette condition.
Emmanuel ler d’Uzès, premier due et pair de France
Emmanuel d’Uzès, vers 1600, entame un procès contre l’évêque de la ville qui prétend au titre de comte d’Uzès. Si le duc gagne son procès, il est par contre obligé de laisser à l’évêque la prérogative du mode d’élection des consuls. Ceux-ci depuis 1573 étaient tous protestants et le restèrent après un arrangement à l’amiable. Ce n’est qu’à partir de 1632 que les catholiques retrouveront accès au consulat.
L’édit de Nantes proclamant la liberté des cultes de 1598 n’empêche pas l’installation de trois ordres réformateurs dans Uzès : les Jésuites, les Capucins et les Minimes.
Les contacts entre les tenants des deux religions s’enveniment fortement, lorsqu’en 1620 une assemblée de ministres huguenots décide d’expulser d’Uzès les religieux les plus dangereux, les Jésuites. Les protestants prennent les armes, pillent la cathédrale, tuent les catholiques, démolissent l’évêché.
La reprise des hostilités entre le duc de Rohan et Montmorency n’épargnera pas Uzès. Après la prise de La Rochelle par Richelieu, les troupes de Rohan décimées se réfugient à Alès ; c’est là que la paix sera signée. La liberté du culte est confirmée, mais toutes les villes dissidentes ont leurs remparts détruits. Uzès ne gardera de ses fortifications que la tour de Soubise, lors des démolitions de 1629, après le passage de Louis XIII et de Richelieu. Cette même année se terminera sur une catastrophe, une peste violente qui décime les habitants de la ville.
En 1632, la dernière révolte de Montmorency contre la couronne le conduit à l’échafaud. A sa mort, le duc d’Uzès devient alors premier duc et pair de France.
A Uzès, où l’on voyait assez peu le duc qui résidait d’ordinaire à la cour, on commence à rebâtir la cathédrale Saint-Théodorit qui est terminée en 1663. Le duc Emmanuel, mort en 1657, avait laissé le duché à son fils aîné François.
La seringue des papistes
Lors de la troisième guerre de religion dite de Rohan, entre 1627 et 1629, le duc de Rohan convoqua les députés des villes liguées du Midi, à Uzès. Ceux-ci, au nombre de 72, acclament Rohan et le nomment généralissime des Eglises réformées de France. Et pour marquer le début des hostilités, il fait tirer, contre quelques bourgades des environs d’Alès, le canon de la ville d’Uzès que l’on appelait « la seringue des papistes ».
Richelieu à Uzès
Lors de son passage à Uzès, Richelieu logea à l’auberge du Merle, dans la rue Petite-Bourgade.
L’oraison funèbre de Louis XIII
L’évêque d’Uzès, Nicolas de Grillet, fut un grand orateur. Sa renommée fut telle qu’on lui demanda de prononcer l’oraison funèbre de Louis XIII le 1er juin 1643, dans l’église des Augustins à Paris.
La cornette de Jacques de Crussol
Pendant la guerre de 1658, Jacques de Crussol était du côté des protestants. Il portait une cornette verte (un étendard) sur laquelle il avait fait peindre Hercule exterminant à coups de massue, l’hydre dont les têtes portaient des mitres d’évêques et des chapeaux rouges de cardinaux.

Racine à Uzès
Jean Racine avait vingt-deux ans lorsqu’il fut envoyé à Uzès auprès de son oncle, le père Sconin, vicaire général et official du diocèse d’Uzès. Les deux années qu’il y passe en 1661 et 1662 sont destinées à l’encourager dans la voie ecclésiastique et à lui faire obtenir un bénéfice. Mais on conçoit qu’ayant écrit : « Il n’y a pas ici une villageoise qui ne disputât de beauté avec les filles d’honneur de la Reine », sa vocation se trouva compromise et comme, de plus, son oncle lègue son bénéfice à un autre de ses neveux, Racine revint d’Uzès plus porté vers la poésie que vers la soutane.
Pendant son séjour, il passa quelques mois à écrire « Les frères ennemis », mais surtout à apprécier l’air du temps, sa douceur dont il écrivit : « Et nous avons des nuits plus belles que vos jours. » Pour lui, le vin d’Uzès est le meilleur du royaume et lorsqu’il quitte « ces villageois pieds nus ou ensabotés, qui font des révérences comme s’ils avaient appris à danser », il écrira en signe d’au-revoir :
Adieu, ville d’Uzès, ville de bonne chère,
Où vivraient vingt traiteurs, où mourrait un libraire.
A cette époque, les évêques d’Uzès font des enquêtes qui révèlent que plus de sept cents familles de la ville sont protestantes. Aussi essaient-ils de reconstruire des églises dans tout le diocèse, et créent un séminaire à Bagnols.
La lutte entre les deux communautés reprend lentement tandis que les missionnaires romains amplifient leur action. Certains protestants abjurent, d’autres préfèrent émigrer, tel ce Jean Rafinesque d’Uzès qui fonde à Magdebourg une manufacture de serge, ou les frères Bonaventure et Firmin Abauzit qui rejoignent à Genève un de leurs parents. En fait, c’est plus d’une soixantaine de personnes qui suivent le chemin de l’exil, avant la révocation de l’Edit de Nantes en 1685.
L’interdit de Saint-Pancrace
Jacques de Grignan, évêque en 1657, interdit à ses fidèles de tourner autour de la statue de Saint-Pancrace, réputé pour guérir certaines maladies ou pour faciliter le mariage. Par la même occasion, il défendit aux prêtres du diocèse de se rendre au cabaret.
Brunier, médecin de Gaston d’Orleans
Brunier, né à Uzès en 1573, mort en 1665, fut un médecin célèbre et, bien que protestant, soigna Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII. Scarron raconte à son propos :
« C’est un grand dommage que cet homme
Ne croit pas au pape de Rome
Car à tout le monde il est cher,
Quoiqu’en Carême mange chair. »
Les debassaires d’Uzès
Vers 1656, Cuviller introduit à Nîmes le métier à bas qui est très vite adopté par les Uzétiens. La renommée des faiseurs de bas d’Uzès fut telle que les debassaires deviennent les protégés du duc et forment sa garde d’honneur. Leur habit est gris et leur bonnet, semblable à celui des grenadiers, porte des rubans de couleur. Leur drapeau est blanc et porte l’effigie de Saint Louis.
La guerre des Camisards dans l’Uzège
La guerre des Camisards qui commence en 1702 dure un peu plus de deux ans. Elle ensanglante surtout l’Uzège qui sert de théâtre de violences et d’atrocités aux deux partis.
Les protestants n’ont pas accepté la révocation de l’Edit de Nantes et c’est dans le diocèse d’Uzès, propre par son relief accidenté à la guérilla, que le combat sévira avec le plus de fureur.
Jean Cavalier, assisté de Ravanel, de Roland et de Joany, commande une armée de plus d’un millier d’hommes. De septembre 1702 à septembre 1704, il lance une succession d’escarmouches contre les troupes royales ou les armées de réaction.
Car, à l’impulsion du consul catholique Lacroix, à Saint-Sauveur-de-Cruzières, des bandes de jeunes gens prennent à leur tour les armes. Ces « Cadets de Lacroix » donneront l’exemple aux « Florentins », nom donné à la bande catholique rassemblée à Saint-Florent et aux frères Michel de Saint-André, chefs d’une troisième compagnie.
Le maréchal Montrevel, commandant des troupes royales, essaye d’utiliser ce mouvement en créant des compagnies franches, commandées par des officiers choisis par lui. C’est pourquoi l’ermite de Prime-Combe, La Fayolle, ancien officier, prend avec l’assentiment de l’évêque d’Uzès, la tête d’une troupe de deux cents hommes.
En 1704, Montrevel est remplacé par le maréchal de Villars qui tente et réussit la première négociation mange par cavalier. Roland sera tué dans l’attaque du fort de Castelnau après la trahison de l’uzétien Malarte.
Pour Uzès, la fin de la guerre des Camisards entraîne la création d’un séminaire et la sécularisation du chapitre de la cathédrale.
Pierre Coste émigre en Angleterre
Lors de l’émigration des huguenots de l’Uzège, un nommé Pierre Coste, né en 1668, se retire en Angleterre auprès du comte de Shaftesbury. Il écrivit plusieurs livres dont « l’histoire de Louis de Bourbon, deuxième du nom de prince de Condé ».
Les dues sous Louis XIV
François de Crussol succède à son père en 1657. Colonel du régiment de Crussol-cavalerie, il passera sa vie à la guerre et à la cour.
François est à la bataille de Avein en Luxembourg, puis combat sous les ordres du maréchal de Brézé, avant de participer au siège de Perpignan où son père le rejoint à l’arrivée du roi.
Le duc est présent lors de la paix des Pyrénées sur la Bidassoa en 1660 ; commandeur des ordres du roi, François de Crussol se démet du duché-pairie d’Uzès, en faveur de son fils Emmanuel II en 1674.
Emmanuel II fait alors partie des 6.000 volontaires français envoyés par Louis XIV au secours des Autrichiens et des Hongrois envahis par les Turcs. Puis il participe à toutes les campagnes du Roi-Soleil, à qui il annonce la prise des forts de Gallas en Allemagne.
Chevalier des ordres du roi, gouverneur de Saintonge et Angoulême, Emmanuel meurt en 1692, laissant le duché à son fils aîné Louis.
Dès l’année suivante, Louis de Crussol est à la tête du régiment de Crussol-infanterie à la bataille de Nerwinden, lorsqu’il a les deux jambes emportées par un boulet de canon.
Son frère Jean-Charles lui succède mais, pendant la campagne d’Allemagne de la guerre de Succession d’Espagne, une chute de cheval lui interdit de poursuivre les combats.
Après avoir porté la couronne lors des obsèques de Louis XIV, le duc Jean-Charles règle les motifs de discorde qui mettent aux prises à Uzès les différentes justices. C’est que, hormis celle des consuls, elles se partagent pour un quart au roi, un autre quart à l’évêque et la moitié au duc. Pour simplifier les choses, le duc achète la part du roi en échange de la terre de Lévis située près de Versailles.
Enfin le duc obtient une bulle du pape permettant de célébrer la messe dans le château ducal. Il meurt en 1739.
La perruque d’Absalon
L’édit royal de 1691 créa les perruquiers. Très vite, Uzès en compta six. L’un d’eux avait pour enseigne Absalon pendu par les cheveux avec en légende : « Une perruque lui aurait sauvé la vie ».
Les vi̇pères de Moyse Charas
Né à Uzès en 1698, Moyse Charas était pharmacien et composa un ouvrage sur les vipères. Professeur de chimie au Jardin royal des Plantes, il en composa la pharmacopée. Obligé de fuir à la révocation de l’Edit de Nantes, il se rend en Hollande et en Angleterre où il devient médecin. Appelé auprès du roi d’Espagne, il est dénoncé à l’Inquisition, qui le met aux fers comme hérétique et huguenot. Il fait alors semblant d’abjurer et, libéré, retourne en Hollande. Finalement, il rentrera en France et sera nommé membre de l’Académie de Médecine.
Les honneurs du Louvre
Ducs et pairs, les seigneurs d’Uzès avaient droit « aux honneurs du Louvre », c’est-à-dire de pénétrer en carrosse à l’intérieur du palais et, pour la duchesse, de s’asseoir sur un tabouret devant la reine. Plus tard, le duc eut droit au justaucorps à brevet, habit bleu brodé d’or et d’argent, privilège très recherché : ceux qui le portaient avaient le droit de suivre le roi à la chasse et dans ses promenades.
L’ordre de la Boisson
En 1703, M. de Posquières, retiré à Uzès dans son domaine de la « Ripaille », crée l’ordre de la Boisson. Grand maître, il prend le nom de François Réjouissant, lance la gazette de « Nouvelles de l’ordre de la Boisson » dont l’imprimeur se nomme frère Museau-cramoisi. Parmi les Uzétiens, on connut les frères : Jean-des-Vignes, du Flacon-Plein, Boit-Sec, Boit-sans-eau, Boit-sans-cesse, etc… L’ordre, qui eut une grande renommée en Europe, s’éteignit avec son grand maître en 1735.
La mission du baron d’Aigaliers
M. de Rossel, baron d’Aigaliers, était protestant à Uzès, mais s’enfuit en Hollande où il sert comme officier à la révocation de l’Edit de Nantes. Cependant, il rentre en France lors de la guerre des Camisards et propose au maréchal de Villars d’essayer de faire cesser la guerre en négociant. C’est ainsi qu’il décide Jean Cavalier à faire sa reddition, qui eut lieu le 17 mai 1704 à Nîmes.
Le duel du bossu
Son fils Charles-Emmanuel le remplace. Colonel du régiment de Médoc-infanterie, il participe à la prise de Tortone par le maréchal Villars. Mais à la bataille de Parme, une balle le frappe à la mâchoire, lui traverse le corps et ressort par l’épaule droite. A la suite de cette blessure, le duc reste bossu,
Homme d’esprit et parfois malicieux, il arrive qu’un soir étant à l’Opéra, le duc offre des dragées. Sa boîte était à deux compartiments : l’un contenait des dragées douces pour les dames, l’autre des dragées amères pour les messieurs. Le comte de Rantzau lui crache la dragée à la figure ; un duel s’ensuit entre le duc petit et bossu et le comte grand et fort. Les deux hommes se rencontrent derrière le Luxembourg et se blessent légèrement, puis dans l’assaut qui suit, le duc passe son épée au travers du corps de son adversaire et le laisse mort.
En punition, le roi exile Charles-Emmanuel à Uzès, ce qui permet aux Uzétiens de voir un de leurs ducs.
Celui-ci reçoit en 1741, Saïd Mehemed Effendi Pacha, ambassadeur turc auprès du roi de France. Puis, il fait construire une résidence d’été dans son domaine des Fouzes et y donne des fêtes champêtres, digne pendant local des réceptions de Versailles et de la Malmaison d’où il est proscrit.
Et pourtant il y a de quoi sourire lorsqu’on lit certains épisodes de la correspondance du duc avec Voltaire, ainsi ce propos du philosophe : « Vous faites l’histoire de la cour quand vous dites que de quarante années on en passe souvent trente-neuf dans des inutilités. »
Le duc Charles-Emmanuel, plus tard gracié par Louis XV, reste cependant à Uzès. Il était tombé amoureux de Mademoiselle de Gueydan qui demeurait dans une impasse près des remparts. Pour parvenir plus aisément à sa maison, le duc fait ouvrir de nuit une brèche dans le rempart. Malgré toutes les protestations de l’évêque, cette nouvelle porte aura le nom de Porte Ducale ; et le duc épousera la jeune fille ; leur union ne durera que deux ans puisqu’il meurt en 1762, laissant le duché à son fils François-Emmanuel.
Pair de France
A l’origine, les pairs étaient douze grands seigneurs appelés à siéger à la Cahmbre Haute du roi lors des lits de justice. Leur nombres s’accrut lentement au cours des siècles. Sous Louis XIV, les pairs de France étaient vêtus d’un manteau long de drap violet doublé et bordé d’hermine. Sous le manteau, ils portaient une robe longue de drap d’or, une ceinture de soie violette, or et argent, sur la tête la couronne ducale.
Deux peintres : Pierre Sablerays et Xavier Sigalon
Nés tous deux à Uzès, Pierre Sablerays et Xavier Sigalon se firent remarquer par leur talent aux XVIIe et XVIIIe siècles. Tous deux travaillèrent à Rome et, si le premier fut le protégé de Benoit XIV, le second a laissé des oeuvres dans la Chapelle Sixtine.
Les marquis de Crussol sur l’échafaud
L’exemple des Crussol sur les champs de bataille devant conduire François-Emmanuel à servir dans l’armée. Mousquetaire du roi durant la campagne de 1746, il est capitaine de dragons en Bohême avant de commander le régiment de Crussol-cavalerie. Durant les guerres qui suivent, le duc prend une telle part aux combats qu’il est maréchal de camp lors du traité de Paris. Après avoir ardemment pris le parti du roi contre le parlement, le duc de Crussol portera la couronne royale lors des obsèques de Louis XV.
Son fils, le comte de Crussol, était capitaine des gardes du comte d’Artois et eut l’occasion d’arbitrer un duel entre celui-ci et le duc de Bourbon.
Mais la Révolution arrive et à Uzès, le 23 décembre 1788, une grande assemblée réunit à l’hôtel de ville 578 députés des trois ordres du diocèse. Plus tard, les prêtres d’Uzès refusent de prêter le serment patriotique. Déjà en 1790, la constitution a supprimé l’évêché d’Uzès, qui sera rattaché à celui de Nîmes dès 1801.
Le 64e et dernier évêque, Béthis, s’enfuit et meurt à Londres, ainsi que la duchesse de Crussol qui, après avoir gagné la Belgique, passe en Hollande puis en Angleterre. Le duc ne revient en France que pour y mourir en 1802.
Durant la terreur révolutionnaire, sa parente, la marquise de Crussol d’Amboise, périt sur l’échafaud en compagnie de Madame Elisabeth. Son mari, le marquis de Crussol d’Amboise, colonel lieutenant du régiment de la Reine, est également guillotiné en 1794.
Les impôts du duc d’Uzès
A la veille de la Révolution, le duc d’Uzès touche les revenus de différents impôts : les censives, revenus des terres seigneuriales, la greffe du sénéchal, les leudes et rasoires sur les grains et autres marchandises courantes, les droits de poids et courtage de la ville.
La bagarre de 1791
Pour faire face aux bandes protestantes qui parcourent la ville, et y font du désordre, la garde nationale d’Uzès est appelée. Les deux forces en viennent bientôt aux prises et on compte des morts dans les deux camps. Il faudra l’arrivée d’un bataillon de la garde nationale de Nîmes et de quatre canons pour que cesse la bagarre.
Le roi est mort…. Vive le roi !
Le comte de Crussol, au lieu de suivre son père en Angleterre, émigre en Russie où il devient aide de camp du tsar Paul Ier. Revenu en France en 1801, il est le dixième duc d’Uzès à la mort de son père.
Mais Marie-François-Emmanuel de Crussol ne retrouve que son titre, le château ayant été vendu comme bien national, il lui faudra le racheter. Louis XVIII le nomme grand-maître de la maison royale, puisqu’il n’a jamais voulu se rallier à l’Empire. C’est à ce duc que revient l’honneur de crier, lors de l’enterrement du roi à Saint-Denis, la formule consacrée : « Le roi est mort… Vive le roi ! »
Le duc termine sa vie au château de Bonnelles en Seine-et-Oise en 1842. Il avait eu le malheur de perdre son fils Adrien-Emmanuel en 1837.
Celui-ci avait servi dans le régiment de Mortemart envoyé par l’Angleterre au Portugal avant de rentrer en France en 1802. Resté fidèle au roi, il est nommé officier supérieur dans les chevau-légers de la garde, reste avec le roi durant les Cent Jours, et à son retour aura les honneurs du Louvre pour lesquels il prend le titre de duc de Crussol.
En 1824, il est député d’Uzès. Il meurt de maladie à Marseille en 1837.
Géraud de Crussol, onzième duc d’Uzès, émigré, fait la guerre contre les Turcs dans l’armée russe. Il est décoré à Verne. Rentré en France, il sera député de la Haute-Marne de 1844 à 1848. Il fait démolir le vieux château de Bonnelles et élève à sa place un château de style Louis XIII.
Député d’Uzès en 1852, il fait partie de l’opposition pendant le second Empire, avant de mourir à Paris en 1872.
Son fils Jacques-Emmanuel lui succède. Saint-Cyrien, il sert en Algérie, puis est député d’Uzès à l’Assemblée nationale de 1871, avant de mourir en 1878.
Jacques, son fils, sera le treizième duc d’Uzès. Saint-Cyrien, il meurt en 1893 à Cabinda, en Afrique.
La mort de l’amiral de Brueys
Né à Uzès en 1759, le vice-amiral Paul de Brueys commande la flotte française lors de la bataille d’Aboukir pendant la campagne d’Egypte de Bonaparte. Attaqué par Nelson, l’amiral fait front. Blessé dès le début du combat, il refuse de quitter son poste : « Un amiral français doit mourir à son banc de quart », dit-il. Peu après, un boulet lui fracasse les cuisses. Il meurt en même temps que son vaisseau, qui saute et sombre. Rallié à la République, il avait été chargé de faire arborer le drapeau tricolore dans toutes les stations françaises de la Méditerranée et ses camarades l’avaient surnommé « le Capitaine Tricolore ».
La terreur blanche de 1815
Alors qu’à Avignon, le maréchal Brune est défenestré par la foule et jeté dans le Rhône, à Nîmes, le général Lagarde subit le même sort. A Uzès, un royaliste est tué d’un coup de feu. Son meurtrier, un protestant et son fils sont mis à mort par la foule ; une femme protestante est tuée dans la rue. Le nommé Quatre-Taillons et sa bande fusillent quatre prisonniers sur l’esplanade, puis six autres le surlendemain. Les protestants d’Uzès prennent la fuite. Le calme revenu, les coupables seront jugés et exécutés. Quatre-Taillons se cache pendant seize ans ; il est découvert à Cabrières en 1830 et tué d’un coup de feu par un gendarme. Son corps sera traîné dans les rues de Nîmes.
La mascarade des Bouffetaires
En 1849, la mascarade des balayeurs d’Uzès, les Bouffetaires, rassemble cent vingt compagnons suivis par la foule des jours de fête. Arrivé sur l’esplanade, le cortège est assailli par un groupe de républicains qui fait le vide à coups de cannes et de queues de billard. Les Bouffetaires savent se battre et, pour séparer tout ce monde, il faut l’intervention de la garde nationale.
L’assassinat du maire Dampmartin
Tancrède de Dampmartin était maire d’Uzès lorsqu’il fut assassiné en 1852 de deux coups de feu tirés par Pierre Mounet, maçon de la ville, qui fut condamné à mort et exécuté à Valence.
Les millions de Bravay
En 1863, le préfet du Gard appuya comme candidat à la députation pour l’arrondissement d’Uzès, M. Bravay, richissime homme d’affaires qui avait fait fortune en Egypte. Pour renforcer le prestige de son protégé, le préfet Dalembert inaugure la pose de la première pierre d’un canal qui par le pont du Gard devait amener les eaux du Gardon à Nîmes, et ce, bien que la société ne fût même pas fondée et le canal non autorisé. Bravay fut élu, mais l’élection fut annulée. Réélu, Bravay n’eut pas plus de chance devant le jugement d’annulation. Réélu une troisième fois, il fut encore déposé par la Chambre.

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