Guide et histoire des Baux de Provence dans les Alpilles

Poncius l’ancien est le premier seigneur des Baux dont il soit fait mention. Nous sommes au milieu du IX° siècle ; tout autour des Alpilles la chrétienté relève lentement ses ruines et reprend vigueur.

Pons le jeune qui donne des terres aux chanoines d’Arles meurt en 1026 après avoir épousé la fille de François 1er de Marignane, dont il eut un fils qui le premier porte le nom du « Baou » : Hugues des Baux.

En moins d’un siècle, la famille des Baux va devenir une des plus redoutables de Provence ; ses multiples alliances vont en effet lui permettre d’agrandir sans cesse un domaine immense.

Guillaume Hugues suivra le pape Urbain II venu prêcher la croisade et part en terre sainte. Raimond 1er prend le titre à sa mort. C’est lui qui va déclencher un des plus longs conflits que la Provence ait connu pour faire valoir ses droits sur les terres du comté provençal.

A L’azard Beautezar

Le blason des Baux porte : de gueules, à une étoile à seize raies d’argent. C’est l’analogie entre le nom des Baux qui signifie le roc, et la première syllabe de Beauterzar, le roi mage Balthazar, qui fit prendre aux seigneurs des Baux pour emblème l’étoile qui guida les rois mages jusqu’à la crèche. De même leur cri de guerre « A l’azard Beautezar », s’inspire de cette même analogie de consonances.

Vingt ans de guerres baussenques

Gilbert comte de Provence a deux filles, Etiennette la cadette épouse Raimond des Baux, Douce l’aînée épouse Raimond Béranger IV comte de Barcelone. Remarquons que le comte de Forcalquier appartient déjà à une branche de la maison de Barcelone. Or, Gilbert de Provence meurt sans héritier mâle.

Le problème de sa succession se pose alors. Si c’est l’aînée qui hérite, Raimond Béranger, mari de Douce devient l’héritier légitime par alliance directe en cas de décès de son épouse, ce qui revient à faire de la maison de Barcelone une puissance inébranlable.

Or, Raimond des Baux, possesseur de 79 fiefs, terres et châteaux répartis à travers toute la Provence, ne peut accepter d’être le vassal d’un prince étranger.

Cette rivalité conduit par ailleurs Alphonse Jourdain comte de Toulouse à faire reconnaître par les deux beaux-frères la limite entre les terres en 1125. Ainsi le marquisat de Provence, soit sur la rive droite du Rhône Beaucaire et l’Argence, reste au comte de Toulouse dont les terres s’arrêtent sur la rive du fleuve. La Provence proprement dite entre Rhône et Durance, les Alpes et la mer revient à Douce, fille aînée du défunt comte de Provence.

Ne pouvant intervenir directement, Raimond des Baux prétend que, en cas de décès de Douce, c’est à la soeur cadette à hériter. Ce qui revient alors à faire passer la Provence de la maison de Barcelone à celle des Baux. Ceci fait, Raimond des Baux prend son mal en patience en attendant de faire valoir ses droits, et fait des sourires à son beau-frère. Il commande même la flotte qui combat les maures d’Espagne et l’aide à prendre Majorque.

Douce meurt en 1127, et Raimond-Béranger de Barcelone, gouverne seul la Provence. Lui disparaissant, c’est son fils, Béranger-Raimond qui prend la succession, provoquant la colère d’Etiennette et de Raimond des Baux son mari qui réclament la Provence. Le midi se partage entre les deux camps. D’un côté, la maison de Barcelone compte dans ses rangs les seigneurs de Béziers, Nîmes, Carcassonne. Celle des Baux est soutenue par son parent le comte de Toulouse, le comte de Foix et la ville de Gênes.

Les acteurs sont en place, le drame peut éclater. Premier mort illustre des guerres baussenques, Bérenger-Raimond 1er de Barcelone, périt au cours d’un combat contre une galère gênoise qui avait pénétré dans le port de Melgueil, fief situé près de Sète et appartenant à son épouse.

La partie aurait pu être belle pour Raimond des Baux, si le comte de Barcelone, roi d’Aragon, oncle et tuteur de Raimond Béranger II nouveau comte de Provence, n’était venu prendre le commandement des troupes de son neveu orphelin. De plus le comte de Toulouse, principal allié de Raimond des Baux, est à la croisade : la défaite est inévitable.

L’entrevue de Tarascon en 1147 permet à Raimond Béranger II, comte catalan, de recevoir le serment de fidélité de la plupart des alliés des Baux.

Raimond désormais seul doit traiter ; il meurt à Barcelone pendant les préparatifs du traité qui sera finalement signé en 1150 à Arles, reconnaissant les droits de la maison de Barcelone sur la Provence.

Mais Etiennette a laissé quatre fils du sang des Baux : Hugues, Guillaume, Bertrand et Gilbert. Pendant cinq ans ils attendent, puis Hugues, nouveau seigneur du « Baou » refuse de prêter hommage à l’étranger de Barcelone. En même temps l’empereur Barberousse lui accorde son soutien, légitimant son droit d’héritage.

La guerre reprend aussitôt. Le comte de Barcelone vient au secours de son neveu, comte de Provence, à la tête d’une armée. Le château de Trinquetaille, en face d’Arles, appartient au seigneur des Baux, la garnison refuse de se rendre et résiste durant tout l’hiver de 1160. Mais le comte de Barcelone en profite pour dévaster la campagne environnante et prend le château des Baux. Au printemps, Trinquetaille est pris à son tour et rasé ainsi que trente places fortes baussenques.

Un nouveau traité intervient, mais pour peu de temps, car la mort d’Etiennette redonne courage à Hugues son fils qui reprend le combat. A nouveau assiégé dans les Baux, il est vaincu en 1162 et son château rasé.

L’empereur Barberousse malgré le soutien qu’il a donné aux Baux donne sa fille en mariage au vainqueur. Raimond Béranger III, comte de Provence, se fait couronner roi d’Arles.

Telle est la conclusion de vingt années de guerres baussenques durant lesquelles un grand seigneur et ses fils luttèrent pour sauvegarder la terre de Provence de l’occupation de princes étrangers.

La révolte d’Hugues des Baux

Le XII° siècle sera pourtant marqué par un redressement de la maison des Baux. Car, tandis qu’en 1176 le comte de Toulouse renonce définitivement à la Provence lors de l’entrevue de l’île de Jarnègues à Tarascon contre 3.100 marcs d’argent, les titres des Baux s’accroissent de celui de prince d’Orange.

Le 3° fils d’Etiennette, Bertrand, épouse Tiburge, fille de Raimbaud III seigneur de la principauté d’Orange. L’empereur Barberousse, qui a bien des choses à se faire pardonner, accorde à Bertrand et à ses frères de pouvoir marcher enseignes déployées des Alpes au Rhône et de l’Isère à la Méditerranée, et leur confirme le droit de battre monnaie.

Bertrand 1er a le vent en poupe ; pieux, il achève la construction de l’abbaye de Silvacane fondée par son père Raimond. Il comble de biens Montmajour, Frigolet, Saint-Paul-de-Mausole à qui il donne le prieuré Saint-Vincent-des-Baux et celui de Saint-Martin-de-Castillon. Il sera pourtant assassiné en 1181, laissant trois fils.

Le cadet Bertrand sera seigneur de Berre, Puyricard, Eguilles et Marignane et ses descendants seront vicomtes de Marseille. Guillaume, le benjamin, prince d’Orange, prendra parti contre les Albigeois qui le prendront vivant près d’Avignon, l’écorcheront vif et le découperont en morceaux.

L’aîné est Hugues IV seigneur des Baux. Il porte dans le sang la révolte ancestrale et défie Alphonse, comte de Provence, qui donne l’ordre de le lui amener mort ou vif. Pris par les habitants d’Aix, qui obtiennent en récompense le droit de couper du bois et de faire paître cinq lieues alentour, Hugues est jeté en prison.

Libéré contre rançon en 1206, Hugues mène désormais une existence tranquille, troublée par ses chamailleries avec l’évêque d’Arles qui prend contre lui des mesures vexatoires en 1228. Ce différent est à peine réglé que Hugues reprend la tête d’une alliance défensive qui groupe les Baux, Tarascon et Raimond VII de Toulouse « contre tous, stipule-t-elle, sauf l’église, l’empereur, le roi de France et les habitants d’Arles ».

Avant de mourir, Hugues connaîtra des ennuis de trésorerie. Il est obligé d’emprunter aux Marseillais et leur abandonne ses parts sur Marseille. Il vend aux Arlésiens l’étang de Vaccarès en Camargue, cède la terre de Lansac aux templiers en remboursement d’un emprunt de 100.000 sols gagé en 1234 sur Trinquetaille, Méjanes et Villeneuve.

Au pays des troubadours

Les Baux seigneurs de guerre ont eu aussi leurs heures de poésie et de tendresse. Au XII° siècle, Bertrand des Baux est en relation avec le troubadour Giraut de Bornelh, Guillaume des Baux, prince d’Orange est l’ami de Raimbaut de Vacqueiras. Bertrand de Lamanon soutint au moins en paroles la révolte d’Hugues des Baux contre le comte de Provence. Puis ce sont les dames des Baux qui sont chantées, comme Passe-Rose, ou encore Clairette dont parle Pierre d’Auvergne. Quand à Foulques de Marseille, il célèbre Adélasie et Barral des Baux son époux. On dit même que c’est à leur mort qu’il entre au couvent du Thoronet, avant de devenir archevêque de Toulouse. Mais les seigneurs des Baux n’étaient pas seuls à profiter de la compagnie des troubadours et on cite l’amour que Pierre Cardinal porta longtemps à Laudune d’Albe de Roquemartine.

Descendant des troubadours, Mistral s’écrie dans Calendal : « O princesses des Baux, Huguette, Sibylle, Blanchefleur, Baussette, vous qui là-haut pour trône aviez les rochers d’or, corps exquis en beauté, âmes allègres, donnant l’amour, versant la joie et la lumière, les monticules de Montpahon, les landes azurées de la Crau dans leur mirage d’aujourd’hui reproduisent encore votre image. Les thyms eux-mêmes ont conservé l’odeur de vos traces ; et il me semble que je vois encore, guillerets, courtois, coureurs et guerroyeurs, que je vois à vos pieds chanter les troubadours ».

Les lapins de Barral des Baux

Sénéchal du Comtat Venaissin, Barral, devenu seigneur des Baux en 1238, est obligé de promettre dix paires de lapins à l’évêque d’Arles en signe d’allégeance. Proclamé chef des villes qui ont instauré la république : Arles, Avignon et Marseille, il ne perd pas de vue ses intérêts et bien que podestat il remet Avignon à Blanche de Castille, régente de France, contre la restitution des terres familiales du Comtat. Puis il se rend en Palestine durant deux ans avec neuf chevaliers et dix arbalétriers.

A son retour il prend même le commandement des troupes qui depuis l’Abbaye de Saint-Victor réduisent une révolte des Marseillais. Grand justicier de Provence, puis podestat de Milan, Barral meurt en 1270.

Gendre de Béranger IV qui vient de mourir, Charles d’Anjou nouveau comte de Provence revendique le royaume napolitain au roi d’Aragon. En même temps, il invite tous les seigneurs provençaux, qui durant des générations ont lutté pour préserver leur indépendance, à se rendre en Italie chercher gloire et fortune. Tandis que Barral des Baux est podestat de Milan, ses fils Raimond et Bertrand font campagne.

Raimond commande l’avant-garde des troupes provençales à la bataille de Bénévent. En récompense de ses prouesses, il reçoit le comté d’Avellin. Grand sénéchal de Provence, commandant de la flotte royale et général de la cavalerie, il se laisse surprendre une nuit en Calabre par des troupes aragonaises et sera tué par ses propres soldats qui dans l’obscurité ne le reconnurent pas.

Son frère Bertrand est fait prisonnier par le roi de Sicile, mais est racheté. Grand amateur de tournois, il eut à régler de nombreuses dettes couvertes par l’abandon de propriétés telles que le Baucet ou le château de Trinquetaille vendu à l’archevêque d’Arles.

Petit-fils de Barral, Hugues Raimond eut la faveur de Robert comte de Provence et roi des 2 Siciles qui le nomme sénéchal de Provence, grand amiral du royaume de Naples et chambellan de la reine Jeanne.

Hugues Raimond veut forcer Marie, soeur de la reine Jeanne de Naples à épouser son fils Robert en 1351. Puis emmenant Marie, son trésor et ses propres fils, Robert et Raimond, il fait voile vers la Provence. Il a le malheur de s’arrêter à Gayette où Louis de Tarente, mari de la reine Jeanne, le poignarde et se saisit de ses fils. Robert sera d’ailleurs assassiné dans sa prison de Naples par la princesse Marie en 1354 qui se venge par le sang de l’avoir violée trois ans plus tôt.

On coupera la tête du Pape

Reine de Naples, Jeanne de Provence eut plusieurs maris. Le premier André de Hongrie fut sans doute assassiné avec sa complicité par la famille de Tarente. C’est alors qu’elle vend au pape Clément VI la ville d’Avignon pour 80.000 florins. Elle épouse ensuite Louis de Tarente, puis Jacques d’Aragon, enfin Othon de Brunswick avant d’être elle-même assassinée par Charles de Duras.

A Naples, trois grandes familles se disputent la préséance. Celle des Baux est représentée par Raimond II qui se heurte aux Duras et aux Tarente, porteurs du sang cadet de la famille royale.

C’est dans la cité des Baux que va se livrer le premier épisode d’un duel sans merci entre Duras et Tarente.

Robert de Duras s’est réfugié à la cour d’Avignon chez son oncle le cardinal de Talleyrand-Périgord. Pour se venger des humiliations reçues à Naples du seigneur des Baux, il s’allie au seigneur de la Garde en 1355 et entraîne quatre vingt cavaliers devant les Baux. Le siège est mis. A l’aide d’échelles les assaillants franchissent les remparts et prennent la ville mal défendue en l’absence de son seigneur. Antoine, frère de Raimond, prévôt de Marseille, est fait prisonnier.

La rébellion contre le pouvoir de la reine Jeanne gronde en Provence où accourent aux Baux 300 cavaliers et 500 fantassins. Au consistoire d’Avignon, le pape et les cardinaux s’affrontent. La plupart des membres de la curie soutiennent le cardinal de Talleyrand et son neveu. Le pape menace de leur enlever leur chapeau cardinalice. Les cardinaux menacent le pape de lui couper la tête. Innocent VI prend peur et s’enfuit à Villeneuve-lès-Avignon.

A son tour la reine Jeanne prend l’offensive. Raimond des Baux bien décidé à reprendre son bien, 800 cavaliers et une forte infanterie, tiennent conseil à Tarascon. Puis, face au château des Baux puissamment fortifié, ils élèvent une baliste qui va démanteler peu à peu les remparts. Le 20 juillet 1355 après quatre mois de siège, Robert Duras se rend… grâce à l’argent remis par le pape dirent les mauvaises langues.

Robert devait par la suite se mettre au service de Jean le Bon roi de France et périr à la bataille de Poitiers.

A son tour, Raimond des Baux a des comptes à régler ; les Tarente n’avaient-ils pas assassiné son père et son frère Robert. Supplanté par ses rivaux auprès de la reine Jeanne, Raimond forme une coalition dont l’instrument va être Arnaud de Servole, dit l’Archiprêtre, qui à la tête de quatre mille brigands dévaste le Comtat Venaissin et les bords du Rhône durant quatorze mois.

Parmi eux se trouve Amile des Baux. Innocent VI parviendra à conjurer le péril en payant une forte somme pour éloigner les troupes de Servole. Il écrivait d’ailleurs à Jean le Bon prisonnier en Angleterre : « Chaque jour nous apprenons que les enfants de l’église sont inquiétés, spoliés, torturés, décapités et perdent la vie dans différents supplices. Les hommes corrompent les vierges, débauchent les femmes, violent les veuves et portent leurs mains sacrilèges jusque sur les vierges consacrées au seigneur ».

Pourtant la réaction provençale assistée par les 2.500 hommes du comte d’Armagnac et par les Marseillais, prend une bonne partie des fiefs baussenques et va mettre le siège devant les Baux. Désormais la guerre était perdue pour cette « race d’aiglons, jamais vassale », en disait Mistral, malgré les prouesses d’Antoine des Baux qui de prieur d’Albaron se fit chef de guerre pour soutenir le renom de sa famille.

Raimond des Baux meurt en 1371, sa fille Alix doit lui succéder, mais une période de tutelle doit être assurée par Guillaume Roger de Beaufort, comte de Turenne, dont la maison donna deux papes à Avignon, Clément VI et Grégoire XI. Neveu et petit neveu des deux pontifes. Raimond de Turenne va faire parler de lui pendant vingt ans.

Arnaud De Servole

Arnaud de Servole, dit l’archiprêtre, porte ce surnom à cause des fonctions qu’il tint à l’archiprêtré de Vélines près de Périgueux. A la tête de troupes de brigands, ainsi appelés à cause de leur vêtement, la Brigandine, il vint par deux fois faire le siège d’Avignon. Le pape s’en débarrassa en lui donnant 1.000 florins d’or.

Les brigandages de Raimond de Turenne

Voici jailli de la maison de Turenne, le personnage médiéval par excellence. Batailleur et turbulent, Raimond s’est battu en Flandres pour la couronne de France. Il s’est battu en Italie pour le Saint Siège. Il est aussi possesseur de nombreuses terres en Provence dont Saint-Rémy et quelques autres, prises en compagnie du sénéchal de Beaucaire.

Raimond de Turenne reproche au pape de lui retenir de l’argent prêté par son père. Il reproche aussi à Marie de Blois, veuve du comte de Provence Louis 1er,  de lui prendre des terres dans les Alpilles.

La guerre recommence en Provence. Les atrocités commises par Raimond le font surnommer « le fléau de Provence ». Sa femme est sa compagne sur les champs de bataille, sa mère, Eléonore de Comminges, abrite ses troupes à Meyrargues, aux Pennes, aux Baux. Du haut des falaises et des remparts de cette forteresse, Ferragus, commandant le château, fait jeter ses prisonniers dans le vide.

Une trêve intervient pourtant avec Marie de Blois en 1399. Puis le pape lance une excommunication contre Turenne qui répond par la plume de Froissart : « Le pape et les cardinaux comptent me lasser par leurs excommunications, ils se trompent. Ils ne réussiront pas mieux à lever des troupes en promettant des indulgences ; j’aurai beaucoup plus de gens d’armes pour 1.000 florins qu’ils n’auraient pour toutes absolutions qu’ils pourraient faire donner en sept ans ».

Pour tenter de mettre fin à ces luttes, les Etats de Provence lèvent alors une armée de quatre corps de troupes. En juillet 1393 le siège des Baux commence. Dix maîtres charpentiers de Tarascon montent deux « bastides » avec du bois venu d’Avignon. On vient au pied des remparts réclamer la tête de Raimond, mise à prix, mais en vain. Le pape Clément VII, qui n’a pas été reconnu par Turenne, lui ordonne six mois plus tard de se présenter devant son tribunal comme larron, incendiaire et pillard.

Turenne ricane depuis les rochers des Alpilles. Son gendre, le maréchal Boucicaut essaie de lui faire entendre raison, sans résultat.

Marie de Blois est à Tarascon en 1395 lorsqu’elle proclame le crime de lèse majesté, la confiscation des biens de Turenne et la mise à prix de sa tête pour 10.000 livres. Turenne ricane.

Le brigandage continue, le pillage des récoltes s’intensifie et la misère s’installe dans les campagnes.

Alors le sénéchal de Provence et celui de Beaucaire arment trois cents lances de trois chevaux chacune (lance, page et gros valet), 1.300 fantassins, dont 400 arbalétriers, y ajoutant les troupes de Marseille, d’Arles et de Tarascon, plus dix détachements envoyés par le roi de France.

Après dix-huit jours de siège, Pertuis ville forte de Turenne est prise. Mais les nids d’aigle de Roquemartine et de Vitrolles résistent. Turenne ricane encore.

Il faudra la défection de 3.000 hommes descendus du Rouergue, arrêtés par le sénéchal de Beaucaire, la prise de plusieurs châteaux, Montpaon, Castillon, Mouriès, Eguilles, les Baux, et le manque de vivres pour que la paix intervienne le 7 juillet 1399.

Pendant quelques mois le pays respire. Las, le vicomte de Turenne est habité par le diable. Il reprend ses rapines, met le feu partout où il passe. Réduit, vaincu, mais ricanant toujours, il se réfugie à Tarascon où le frère de Louis II Comte de Provence le force à traverser le fleuve en barque pour s’échapper. En essayant de passer de sa barque dans un bateau (d’autres disent que c’est au moment où il abandonne sa monture pour monter dans une barque), Turenne tombe à l’eau et se noie en l’an de grâce 1400. Il fut enterré dans l’église Saint-Martial d’Avignon.

Le testament d’Alix des Baux

Pendant vingt-six ans les Baux vont vivre en paix sous le gouvernement d’Alix qui retrouve enfin sa place. Veuve deux fois, elle s’éteint le 4 octobre 1426, donnant l’occasion à la reine Yolande d’Aragon veuve de Louis II de Provence de venir mettre le siège devant le château, qui se rend après quatre mois de résistance.

Les Baux, terre indépendante durant cinq siècles, symbole orgueilleux de la Provence féodale libre, sont alors annexés au comté de Provence comme « terre adjacente ».

Alix des Baux en mourant a laissé un inventaire du château, témoignage précieux de l’existence médiévale.

Le château des Baux comprenait à cette époque trente cinq pièces, sept tours et d’épaisses murailles. Dans les réserves à provisions on trouve des vins blancs et rouges, du porc et du boeuf salé, du blé, 300 vaches, 104 bêtes « rossatines » et 13 poulains.

Les armes sont abondantes, cuirasse, arbalètes, couleuvrines, bombardelles, girelles, de quoi fabriquer de la poudre à canon. Tout cela est vendu ou emporté au château de Tarascon.

Dans la chambre d’Alix on trouve deux chandeliers d’argent, huit chapelets, un livre d’heures de Notre-Dame garni de drap d’or, sept psaumiers à fermoirs d’argent doré, mais aussi de la vaisselle d’or et d’argent, des bijoux, des robes de soie, des velours, du vair et du drap d’or, ceintures, fourrures, tapis, romans, coffrets… Et la liste se poursuit avec l’énumération des chambres de la rose, chambre neuve, du parement, dans la chapelle, la chambre du pape, le cellier, le lardier et tout le reste du château.

Le domaine indépendant des Baux a certes vécu, mais ses habitants continuent à jouir d’un statut particulier. Ainsi ils ne peuvent être détenus en prison que dans leur propre ville. Le droit de pêche leur est reconnu ainsi que le droit de chasse. Les droits d’octroi leurs sont supprimés, ils sont dispensés de payer la gabelle.

A partir de 1513 les Baux seront administrés par des barons. Le premier, Bernardin, rend visite à François 1er qui, de passage à Tarascon, ratifie les privilèges de la communauté en 1515.

Le roi nomme l’année suivante Anne de Montmorency grand maître de France, capitaine des galères du roi, à la tête des Baux.

En 1536, l’invasion de la Provence par Charles Quint submerge Aix. Le château des Baux recueille alors les archives de la province. La belle conduite de Montmorency incite le roi a rendre visite à son serviteur aux Baux et il octroie à ses habitants l’établissement de deux foires annuelles.

Capitaine viguier de la place des Baux, Claude Manville a laissé des traces dans les Alpilles, puisque la mairie actuelle était son ancienne demeure, de même un ancien moulin au-dessus de Mausanne porte son nom.

Aux Baux

Aux Baux, le rapport des terres au cours du XVI° siècle est de 1 pour le laboureur, de 5 pour le bourgeois et de 10 pour le noble.

La mort du chevalier de Lorène

Lors du passage du duc de Guise aux Baux à la fin du XVI° siècle, son frère François Paris de Lorène, chevalier de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, se trouvait sur les vestiges du château lorsque avisant un vieux canon, il voulut montrer à l’assistance qu’il savait s’en servir. Il le fait charger et met le feu à la pièce. « Le canon se creva deux pans proche de la culotte et brisa la cuisse droite et le genou du prince et le blessa un peu au côté droit », raconte la chronique. Il mourut une heure et demi après avoir reçu l’extrême onction et prié les assistants de le faire ensevelir en Arles.

Du siège de Louis Xlll aux princes de Monaco

Le dernier baron des Baux est Antoine de Villeneuve. Nommé par la faveur de Gaston d’Orléans, ennemi du roi, bien qu’étant son frère. C’est pourquoi Richelieu et Louis XIII voulurent s’assurer de la place forte des Baux, instruits par l’expérience passée qui prouvait amplement ses capacités de résistance. Le duc de Guise est gouverneur de Provence. Au reçu de l’ordre royal, il envoie le capitaine Saucourt et cent hommes sommer la ville, bien enfermée dans ses remparts de se rendre. Les habitants rétorquent qu’ils ne s’ouvriront qu’au roi, à qui ils envoient un messager. Saucourt fait de même et investit la place. Pendant vingt sept jours, les deux partis se défient du regard, jusqu’à ce que les ordres de sa majesté arrivent.

Et les habitants des Baux sont contraints de remettre la place au roi, en passant par son représentant, le capitaine Saucourt.

Dans cette affaire, les baussencs seront grugés, puisque le 29 août 1631, quelques semaines après leur reddition, ils apprennent que sa majesté dans sa mansuétude a décidé de leur vendre leur ville, avec leur consentement, pour 100.000 livres payables avant le 15 septembre. De plus ils doivent faire démolir les murailles du château et pour cela payer 5.200 livres à Pol Reboul, maçon de Tarascon, qui fera sauter les tours à la mine. Sous la surveillance de quatre compagnies les remparts sont abattus, et les citernes comblées pour éviter le retour à une éventuelle rébellion.

Finalement, endettés, succombant sous les charges, les consuls des Baux revendirent le domaine au roi qui leur restitua les 100.000 livres en 1642.

Un mois plus tard, Louis XIII donne la terre et la seigneurie des Baux et Saint-Rémy à Hercule Grimaldi de Monaco. Pour écarter les Espagnols du rocher de Monaco où ils s’étaient installés, pendant la minorité d’Honoré II, de Monaco, Louis XIII promet à ce jeune prince de lui donner autant de biens en France qu’il en possède en Italie, si à la suite d’un coup de force sur Monaco, les Espagnols qui tiennent l’Italie lui confisquent ses propriétés. C’est ainsi que le fils d’Honoré II, Hercule II reçut parmi d’autres terres, les Baux et Saint-Rémy.

Le marquisat des princes de Monaco devait prendre fin en 1791 lorsque la cession de leurs biens à la France fut payé sur décision de l’Assemblée Nationale.

Quand aux habitants des Baux, leur sécurité étant désormais assurée, ils commencèrent à déserter lentement le village de rochers, pour s’installer dans la plaine et bientôt dissocier du village des Baux, les lieux-dits Mouriès et Maussane pour en faire des communes indépendantes.

Pendant la revolution

Pendant la révolution une profonde scission, se fait entre le village d’en haut, les Baux, et ceux d’en bas, Mouriès et Maussane qui forment la même commune. Tandis que ceux d’en bas suivent leur curé qui prête serment à la constitution civile du clergé, celui d’en haut, le curé Bertrand, refuse de jurer. Pendant quelques mois il continuera à visiter ses paroissiens en se cachant à Aureille son village natal. Mais pris, il est condamné à la déportation et enfermé sur les pontons de l’Ile de Ré dont il ne sortira qu’en 1800.

Le rocher de Baumanière

Le rocher de Baumanière, à quelques dizaines de mètres de l’hôtel qui porte aujourd’hui ce nom, s’est écroulé le 30 avril 1653 à cinq heures du matin, écrasant une ferme et un moulin, ensevelissant la fille du propriétaire, sa servante, son cheval et ses moutons.

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