Beaucaire : guide et histoire de la ville

A l’époque romaine, Beaucaire devient nécessairement le pendant de Tarascon sur la rive droite du Rhône. L’antique Ugernum n’a pas laissé beaucoup de traces ; pourtant la voie domitienne passait par là pour rejoindre Nîmes, ainsi que l’attestent les bornes milliaires romaines.

Très tôt un château sera construit sur le rocher. En 455, Avitus le gaulois se fait couronner à Ugernum, rapporte Sidoine Appollinaire ; il perdra sa couronne l’année d’après. En 585, Récarède, roi wisigoth, prend le château d’Ugernum.

Le chemin des romains de Nîmes à Ugernum

Découvert en 1830 par le Beaucairois Charles de Virgile la Bastide, à qui on doit entre autres ouvrages un mémoire scientifique sur « les bons effets du sel dans la nourriture des bestiaux ».

Le premier siège de Beaucaire

Lors de la croisade des Albigeois, Simon de Montfort se fait donner la place de Beaucaire dont les troupes françaises sont aux ordres du sénéchal Lambert de Limoux. Mais cela ne pouvait plaire au comte de Toulouse Raimond VI à qui appartenait la ville, il envoie aussitôt son fils le futur Raimond VII à peine âgé de 19 ans, assiéger le château, avec ses alliés de Marseille, Tarascon et Avignon.

La ville est prise sans coup férir, et le siège commence. Montfort à cette nouvelle accourt avec ses troupes. A son tour il assiège la ville où se sont retranchés Raimond et ses alliés. A l’intérieur du château pourtant, les vivres et l’eau commencent à manquer. Le sénéchal hisse le drapeau noir pour indiquer à Montfort qu’il faut faire vite, Mais les attaques successives des Français sont repoussées une à une par les Languedociens et le château sera obligé de capituler. Devant cette perte, Montfort se retire. Beaucaire est alors placée sous la dépendance d’Avignon qui la perdra en 1226 lorsqu’elle sera prise par l’armée de Louis VIII.

La paix se fera en 1229 entre Raimond VII de Toulouse et Louis IX roi de France au terme de laquelle la cité sera intégrée dans le domaine royal. Une sénéchaussée y est alors installée, avec un sénéchal qui a la haute main sur l’armée, la justice et les finances.

A son retour de croisade en 1254, Saint Louis fondera une chapelle qui porte son nom, sur la terrasse du château.

Lors de la suppression de l’ordre du temple en 1307, 45 templiers seront emprisonnés au château.

Les 2.000 templiers de France étaient répartis en « maisons » à travers l’Europe occidentale. La Maison de Provence s’étend alors des Alpes à la Catalogne et le principale commanderie était celle de Saint-Gilles à quelques lieus de Beaucaire. L’ordre d’incarcération lancé par Philippe le Bel atteignit tous les chevaliers installés sur la rive droite du Rhône puisque le Languedoc appartenait depuis plus d’un demi-siècle à la couronne de France. Par contre, les templiers installés sur la rive gauche , en terre provençale appartenant aux comtes de Provence, souverains indépendants, ne furent pas emprisonnés.

Tandis qu’à Paris à la suite du long procès qui parque l’agonie de l’ordre du temple, le Roi fait brûler vifs plusieurs dizaine de chevaliers, ceux des commanderies implantées autour de Beaucaire, durent avoir un meilleur sort. Beaucoup plus proches de l’autorité pontificale d’un Clément V, qui finit par s’établir en Avignon, ils n’eurent pas à subir la torture comme leurs frères de Paris, de Lyon ou de Poitiers. L’ordre est finalement dissous sut l’ordre du pape, le grand Maître Jacques de Molay est brûlé en place de Grèce en appelant à comparaître devant Dieu dans l’année qui vient Philippe le Bel et Clément V, ce qui arriva. Les templiers de Beaucaire sont alors libérés et suivent les règles de dissolution de l’ordre établies par le pape Jean XXII ; ils se retireront dans des couvents ou bien profiteront de la licence qui leur est faite de revenir dans leurs anciennes demeures, désormais aux mains des Hospitaliers, et d’y vivre pauvrement.

Le siècle des papes d’Avignon sera calme pour les habitants de Beaucaire. Il faudra attendre 1383 l’arrivée des Tuschins, ces paysans exaspérés par la rigueur des temps, formés en bandes révoltés contre les seigneurs qui dévastent la sénéchaussée de Beaucaire.

En 1419 ce sont les Anglais et les Bourguignons qui assiègent le château, dont le gouverneur Tanneguy du Chatel résiste vigoureusement. Ce même du Chatel sauvera d’ailleurs le dauphin futur Charles VII des Bourguignons lors de son entrée dans Paris.

C’est Jacques Coeur trente ans plus tard qui est accueilli à Beaucaire. Accusé de malversations, il est condamné à mort ; le roi commue sa peine et lui ordonne de se retirer aux cordeliers de Beaucaire, ce qu’il fit. Deux ans après Jacques Coeur s’enfuit en Italie.

Le Drac du Rhône à Beaucaire

C’est Guillaume de Tilbury, maréchal du royaume d’Arles vers 1250, qui raconte l’histoire du Drac. Le Drac est un monstre qui habite au fond du Rhône où il se nourrit d’enfantelets qu’il attire en faisant miroiter l’eau sous leurs yeux. Un jour il séduisit ainsi une lavandière de Beaucaire et l’entraîna au fond des eaux afin qu’elle serve de nourrice à un petit Drac qui venait de naître. La nourrice resta dit-on sept années dans l’antre des draps et revint un beau jour sur la rive de Beaucaire.

Jeanne d’Angleterre

Epouse de Raimond VI de Toulouse se trouve à Beaucaire en juillet 1197 lorsqu’elle y accouche d’un fils, le futur Raimond VII.

Le duel pour la terre

En 1250 à Beaucaire, Raimond Gaucelin et Guillaume de Bouville se battent en duel pour une terre dont ils revendiquent l’un et l’autre la propriété. Ils se blessent mutuellement et s’enfuient devant la colère du sénéchal qui menace de leur faire couper la tête et leur confisque leurs biens.

Le pape Urbain V né à Beaucaire

Guillaume de Grimoard abbé de Saint-Victor à Marseille, « moult saint homme et de belle vie » dit Froissard, est élu pape le 28 septembre 1362 en Avignon. Pétrarque lui écrira : « Je sais que vous vous donnez beaucoup de peine pour ramener la modestie et la décence dans les vêtements… Comment en effet, supporter sans se plaindre, les nouveautés monstrueuses qui s’étalent sous nos yeux, des souliers pointus comme la proue des galères, des chapeaux à ailes, des chevelures entortillées, à longues queues, des peignes d’ivoires plantés sur le front des hommes simulant des femmes ». Pourtant si Urbain V mena une vie austère qui le fit nommer au rang des bienheureux, son but fut de ramener la papauté à Rome. Il était né à Beaucaire de Guillaume de Grimoard baron du Roure et de Grissac et d’Amphélise de Sabran-Montferrand qui était la soeur de Saint Elzéar.

Les papes d’Avignon

Clément VI et Clément VII pour fuir les pestes qui en Avignon ravageaient la population, se réfugient à Beaucaire. Celle de 1348 aurait fait selon un ami de Pétrarque,  62.000 morts entre le 25 janvier et le 27 avril. Le médecin Guy de Chauliac en a dit : « Les gens mourraient sans serviteurs et étaient ensevelis sans prêtre. Le père ne visitait pas le fils ni le fils son père. La charité était morte et l’espérance abattue ». En 1390 ce sera Clément VII qui y viendra respirer un air plus favorable.

Draconis médecin de Louis XI

Né à Beaucaire. Professeur de médecine et chancelier de l’université de Montpellier, c’est sans doute lui qui conseille à Louis XI, dont il est le médecin privé, de prendre du blé de Nîmes dont les qualités sont fort appréciées.

Jugements et massacres

Au début du XVI° siècle, la Réforme s’installe dans le Midi et ses adeptes se multiplient. Les premières persécutions commencent à Beaucaire où, le 13 avril 1543, un arrêt du parlement de Toulouse est rendu contre neuf Beaucairois.

Antoine Armand est brûlé à Toulouse. Antoine Sabathier est brûlé à Beaucaire. Mathieu Castanier et Jacques Caladon sont condamnés à abjurer et à faire amende honorable, tête et pieds nus devant l’église de Beaucaire, un dimanche, portant chacun une bande de drap, un fagot de bois sur les épaules, une torche allumée du poids de trois livres. Les malheureux, après avoir assisté à la messe, seront fouettés jusqu’au sang à travers les rues avant d’être envoyés aux galères à perpétuité.

Cinq autres, Jean Chauvet dit Colombat, Saubert Verdeti, Claude Ferran, Claude Serviel et Claude Blancard, sont condamnés à être brûlés en effigie.

Enfin deux religieux du couvent des Cordeliers, Nicolas Militis et Renaud Chauvet, ont pris la fuite ; ils doivent être arrêtés et un libellé diffamatoire en forme de chanson qu’ils ont écrit sera brûlé.

Le gouverneur d’Aigues-Mortes faisait prêcher chez lui en 1560 ; surpris, le ministre protestant, un Genevois, est arrêté et pendu sur la place de Beaucaire.

L’année suivante une réunion de protestants se déroule sur la route de Saint-Gilles. A cette nouvelle, les Beaucairois catholiques prennent les armes et se répandent dans les rues en criant « sus aux huguenots ».

A la fin de l’année, un complot protestant vise à s’emparer de l’église Notre-Dame-des-Pommiers durant la messe de minuit. Il sera éventé et n’aura pas lieu. Le 25 février, les protestants nîmois ravagent les églises. Les bénédictins de la ville viennent alors se réfugier à Beaucaire.

Le 3 juin, les protestants alliés aux Nîmois François Pavée, Pierre Suau dit le capitaine Bouillargues, Montcalm de Saint-Véran et Claude Rey, prennent enfin Beaucaire. Ils brisent les autels, les rétables, les statues, brûlent les tableaux traînent les objets de culte dans la boue.

Les catholiques traversent le Rhône et s’enfuient en Provence. Quelques jours après les protestants laissent deux cents hommes dans Beaucaire et s’en vont. Les Beaucairois s’entendent alors avec Poncet Durand, le viguier de Tarascon, pour reprendre la ville. Ils ont pour cri de ralliement « Sainte Marie Madeleine ». Le 10 juin, 1600 hommes vêtus de casaques blanches traversent le Rhône, surprennent les gardiens de la porte Beauregard, massacrent tous les réformés qu’ils rencontrent. Les autres se réfugient dans le château, tandis qu’un émissaire rejoint l’armée huguenote à Montfrin. Celle-ci fait demi-tour, attaque les catholiques qui plient et se font massacrer. On estime qu’il y eut 1.200 catholiques tués ou noyés ce jour-là.

Tannegui de Porcelet devient gouverneur de Beaucaire et fait sortir de la ville les derniers catholiques qui s’y terrent. Un peu plus tard, les soldats protestants non payés commencent à déserter. Des altercations éclatent dans la ville. M. de Cassole, premier consul, est insulté par le quatrième consul Mathieu Rossière, parce qu’il porte la barbe alors que les réformés se rasent soigneusement. « Papiste, traître », lui dit-il, tandis qu’il lui « tire la barbe avec malice ».

Notre-Dame-des-Pommiers est alors transformée en temple.

En juillet le maréchal de Villevieille arrive avec cinquante arquebusiers à cheval et réussit à ouvrir la foire qui reste déserte. Ce ne sera qu’au mois de novembre que les Beaucairois catholiques pourront retourner chez eux.

Le siège royal de Beaucaire

La Sénéchaussée royale de Beaucaire comprend en 1475 un viguier chef de la justice, un juge royal, un lieutenant de viguier, un lieutenant de juge et un procureur du roi.

Le premier consul de Beaucaire

Il porte un habit en satin ponceau, les autres consuls n’ont droit qu’à du velours cramoisi. Le viguier lui se distingue par une canne d’ébène dont le pommeau d’argent porte les armoiries de la ville.

Les armoiries de Beaucaire

L’écu est écartelé d’or et de gueules sommé de trois fleurs de lis du premier émail et accolé de l’ordre de l’ordre de Saint-Michel.

L’assassinat de Parrabère

En 1576 les protestants tiennent le château de Beaucaire. Ils en profitent pour abattre la grande tour carrée de trente-six mètres de haut.

Jean de Fons, garde des sceaux au présidial de Nîmes, est assassiné à coups de pistolets dans sa maison de Beaucaire le 13 janvier 1578. On dit que le crime fut commis sur l’ogre du maréchal de Bellegarde, passionnément épris de la femme de la victime, Louise Daudron.

Cette même année, le maréchal de Bellegarde va se débarrasser du gouverneur de Beaucaire pour tenter de lui ravir Mme de la Tourette, jeune veuve dont il est l’amant. Parrabère est un sombre bandit qui, à la tête d’une bande bien armée, tient le château, pille les environs et rançonne les bateaux marchands du Rhône.

Trois gentilhomme manoeuvrent le complot. Un cordelier, le père Bernard Dupuy, se met à sonner le tocsin le 7 septembre sachant que cela fera sortir Parrabère de sa forteresse.

Les conjurés, Roquefeuil de Convertis, des Rois de Lédignan et Honorat Dulong prennent les armes en entraînant le peuple trop heureux de pouvoir se débarrasser d’un tyran. Tous se heurtent à Parrabère qui est descendu en ville accompagné de Mme de la Tourette et de soixante gardes. Dans la bataille qui s’ensuit, Parrabère est tué à coups d’arquebuse. Ses amis s’enfuient ou sont massacrés, comme Durand le Viguier de Tarascon. Madame de la Tourette parvient à se réfugier auprès du maître autel des Cordeliers. et se traîne à genoux en implorant la vie sauve. Mais la foule est déchaînée. Elle est massacrée sur place, son corps est dénudé et traîné dans les rues. On coupe aussi la tête de Parrabère pour la ficher sur les remparts. Son lieutenant Baudunet qui a suivi l’affaire depuis le château, fait tirer sur la ville et abat au canon une partie du clocher de NotreDame-des-Pommiers.

Le maréchal de Bellegarde continue à battre la campagne. II essaie même de s’emparer d’Avignon, mais son projet est déjoué par le légat le Cardinal d’Armagnac. Alors il joint ses troupes à celles du gouverneur de Languedoc, Damville, et court assiéger Beaucaire tenu par le protestant Chatillon, qui est obligé de capituler le 18 février 1579 après six mois de siège.

Antoine Assete dit Tounquierrou

En prison à Beaucaire l’année 1595 en compagnie de deux ou trois mendiantes. Ils sont accusés de sorcellerie, « crimes plus pernicieux et plus dommageables que nul autre ». Pourtant ils ne seront pas poursuivis, les caisses n’ayant pas assez d’argent pour couvrir les frais du procès.

Le deuxième siège de Beaucaire en 1632

En 1632 Montmorency, gouverneur de Languedoc, et le frère du roi, Gaston d’Orléans, se révoltent contre le pouvoir royal. Ils marchent sur Beaucaire dont le gouverneur, Jean de Fayn marquis de Péraut, leur est acquis.

A la demande des consuls, le maréchal de Vitri envoie à Beaucaire 400 Arlésiens dirigés par Boeuf pour résister. Le 2 août le duc d’Orléans entre au château avec 600 hommes. L’arrivée du régiment royal d’Aiguebonne, qui vient en renfort des Arlésiens, déclenche un bombardement auquel les Beaucairois ripostent en tirant des clochers.

Le 6, Monsieur frère du roi se retire en laissant 300 hommes de garnison aux ordres du baron de Vézenobres. Le 9, les Arlésiens partent à leur tour laissant le régiment royal, qui tient également Vallabrègues et Saint-Roman, s’occuper de la place.

Enfin, après un mois de siège où les coups furent espacés, le château capitule. Les armes de Louis XIII triomphent. Sur l’ordre du roi le château sera rasé, les travaux coûteront 6.830 livres. Les Beaucairois qui avaient pris le parti du frère du roi seront condamnés à l’exil pendant un an.

Un ministre, Rey, sera encore pendu sur la place publique avant que n’intervienne l’Edit de Nantes. Lors de la guerre des Camisards, qui dévastera le Languedoc de la mer aux Cévennes pendant plusieurs années, les troupes de Catinat, chef religionnaire, viendront dévaster les alentours de Beaucaire en 1704 ; six métairies sont brûlées, quarante quatre de leurs occupants sont liés et massacrés.

Pourtant ces escarmouches incessantes laissent parfois un peu de répit ; on en profite pour se livrer aux occupations traditionnelles, lorsqu’elles ne sont pas interrompues. Ainsi en 1662, le prince de Conti gouverneur de Languedoc interdit les courses de taureaux. Son édit n’aura d’ailleurs pas beaucoup d’effet.

Deux ans plus tard, un duel met aux prises deux Arlésiens, MM. de Paris et de Méjanes contre un Beaucairois M. de l’Arche et un Tarasconnais M. de Provençal. La rencontre se fait armées de fusils et de dagues. Le Beaucairois sera tué et le Tarasconnais blessé.

Les habitants des deux villes ne s’entendent pas toujours aussi bien. En 1669, on décide de construire un pont fixe de bateaux pour remplacer les bacs à traille. Les gens de Beaucaire le veulent en amont, face au champ de foire ; ceux de Tarascon le veulent en aval en-dessous du château. Après bien des discussions, et aucun des deux partis ne voulant céder, le pont sera construit en zig-zag pour être mis en service le 21 avril 1674.

Le terrible hiver de 1709 fait geler les oliviers sur une rive comme sur l’autre. C’est à cette époque qu’à Beaucaire deux dames se battent en duel.

Madame de Saint-Paul rencontre un jour une demoiselle maîtresse de son mari. Après un échange de paroles désagréables, la demoiselle perd patience et envoie un chandelier sur son interlocutrice, avant de la provoquer les armes à la main. Les deux femmes se rencontrent dans un jardin, l’une recevra un coup d’épée près du coeur, l’autre sera blessée à la cuisse.

En 1718, ce sont les Beaucairois tous ensemble qui reçoivent un coup au coeur. Le roi de France n’a-t-il pas eu l’audace d’échanger Belle Isle à Fouquet contre Beaucaire ? Le refus de la population sera après bien des efforts couronné de succès, Beaucaire restera terre royale.

La grande peste de 1720 touche Tarascon. Aussitôt un cordon sanitaire formé de troupes interdit le passage du fleuve. La situation est si grave que la foire de 1721 n’a pas lieu. Ce n’est qu’à la fin de 1722 que l’interdiction de traverser le Rhône est levée. Aussitôt les consuls des deux villes échangent des visites avec force démonstrations d’amitié. Celle-ci n’est d’ailleurs pas vaine puisque Tarascon inondée en 1755 et ses portes balayées par les flots, les Beaucairois viendront secourir leurs voisins.

Les vins de Canteperdrix

C’est à Beaucaire au début du XVII° siècle que naissent les vins de Canteperdrix, « ainsi nommé du terroir qui le produit près de Beaucaire, comme un vin clairet, le meilleur et le plus excellent que l’on saurait boire ».

Une nuée de sauterelles

Elle s’abat sur la campagne Beaucairoise en 1613. Les consuls pour en venir à bout offrent deux sols par livre d’oeufs détruits. Les habitants de Beaucaire qui n’ont plus de récolte à engranger en ramasseront plus de deux cents quintaux qu’ils remettront à l’hôtel de ville.

Le tir de l’oie

Le tir de l’oie se pratiquait tous les ans à Beaucaire. on suspendait à la plus haute vergue d’un bateau, une oie morte, qui était le prix du tournoi. Les tireurs à l’arc devaient couper la corde qui attachait l’oie. Ce jeu extrêmement difficile amusa beaucoup Louis XIII à son passage à Beaucaire en 1622.

Pons François de Fermineau

Seigneur de Beaulieu, né à Beaucaire, sera avocat du roi au présidial de Nîmes. Il écrit en 1636 un traité des droits de la monarchie, maison et couronne de France. D’autres ouvrages sont connus, dont « le plan de l’anarchie Rochelaise, fondée sur les sablons de la mer ».

Antoine le Turc

Né à Bizerte que l’archevêque d’Arles baptise à Beaucaire dans l’église Notre-Dame-Des-Pommiers, le 12 février 1651. Il est le fils de Doliman Gilat et de Fatéma Abdula. Son prénom chrétien sera : « Joseph », et il aura pour parrain Antoine des Porcellets et pour marraine madame Gabrielle de Joannis.

Le recensement de Beaucaire

La disette de blé de 1652 oblige les consuls de Beaucaire à effectuer un recensement, ils trouveront 4.495 personnes. En 1709 les gelées font mourir tous les oliviers sur le territoire de Beaucaire, un recensement annonce 7.334 habitants.

Les laines de Beaucaire porteuses de Peste

Porteuses de germes de peste, les laines du levant sont interdites en 1656 à la foire de beaucaire. Ainsi en décide le parlement d’Aix à l’encontre des marchands de Marseille. Mais ceux-ci qui ont de gros intérêts à défendre passent outre l’interdiction. L’année suivante, des bateaux armés en guerre surveilleront le Rhône pour éviter que ce scandale ne se reproduise.

La foire de Beaucaire

La foire de Beaucaire, célèbre durant des siècles par son caractère international, nous est connue par une mention de 1217, lorsque Raimond VI de Toulouse accorda à la ville la charte de la foire de la Madeleine. C’est du moins ce que prétendirent les Beaucairois lors du renouvellement des franchises données par Louis XI en 1464. Contre la somme de 550 livres, le roi accorde à la ville de Beaucaire le consulat, autorise la tenue de la foire franche de la Madeleine et confirme les privilèges reçus du comte de Toulouse et des rois de France.

La foire commence le 22 juillet à minuit et s’annonce au son des fifres et du tambour, tandis que la criée annonce l’ouverture : « De par le roi et sur son mandement de MM. les viguiers, juges royaux et de Beaucaire, conservateurs des privilèges, franchises et libertés données et octroyées par les feu de bonne mémoire roys de France, à l’instance et requête des Consuls de la ville de Beaucaire, pour marchander toutes marchandises pouvant venir francs et quittes, sans payer aucun droit de impost, péages, leude et canage ni autres droits.» Telle fut la criée de 1499.

Placée sur le Rhône, d’accès facile par la mer ou par le cours supérieur du fleuve, au croisement des grandes routes de transit, la foire ne pouvait qu’attirer du monde. Au début elle est surtout fluviale, les marchandises restant à bord des bateaux ; mais très vite, elle déborde sur les berges, envahit la rive, puis la ville à tel point que toutes les rues, chaque maison se trouvent englouties sous les marchandises et les gens qui se pressent dans les murs de Beaucaire.

Une course se fait bientôt entre les bateaux marchands. Elle a tellement de succès que la ville offre au premier arrivé un mouton entier dont la toison flotte au sommet du mat du vainqueur. On évalue à sept ou huit cents bateaux, le nombre des embarcations qui s’amarrent à Beaucaire. Le plus au nord se trouvent les bateaux de bois, puis viennent les barques de Gènes, les coches d’eau, les penelles et les galéottes, les vaisseaux espagnols et catalans, les barbaresques, les turcs et levantins, les français du littoral avec leurs tatares provençales et languedociennes, les anglais et les hollandais, enfin les allègues d’Arles, les canots de Beaucaire et Tarascon.

Au XVII° siècle, un homme d’affaires de Nîmes, Jean Michel écrit un poème en Languedocien intitulé les « Embarras de Beaucaire ». Il a sans doute connu les grands maîtres de la Foire qui à la fin du XVIIe s’installent chaque année dans la ville. Ce sont les intendants de Languedoc dont l’hôtel est réservé et les défraiements assurés pour 6.000 livres par la cité. Ils ont la haute main sur la force armée, les corps constitués et les notabilités. Il est certain que dans un tel grouillement de vie il y ait eu des heurts. Les voleurs devaient être nombreux ; on a conservé l’aventure arrivée à ce lieutenant du roi sur lequel crache un passant qui disparaît aussitôt dans la foule. Un promeneur se précipite sur le lieutenant, prend le ciel à témoin que tous les Beaucairois ne sont pas aussi malpolis et, tout en essuyant l’officier, lui enlève délicatement sa bourse.

C’est que si les marchandises sont franches, elles ont toutefois à payer à partir du XVIIIe siècle une partie du dernier de Saint-André qui sert à l’entretien du pont Saint-Esprit sur le Haut-Rhône, et à régler le liard du baron à leur passage devant Arles. La liberté des personnes est garantie. Depuis Louis XI jusqu’à la révolution ce droit a été conservé « à moins que l’énormité des crimes ne requit punition corporelle des fautes. » En fait il n’y avait que le crime de lèse majesté à être puni.

Si en 1790, il y a soixante bateaux Espagnols dans le port, chargés de poissons séchés, de liège et de barriques de vins,  la foire elle conquiert la ville. Dans la rue du château on trouve la laine, sur les quais du canal, les conserves de poissons salés ; la soie est sur la place Notre-Dame ; dans les rues Roque, Courbe et Tupin on loge la quincaillerie, la mercerie et la coutellerie ; dans la rue Haute, les armes et la bonneterie. Rue Voiron, ce sont les toiles. Au Grand Coin, ce sont les cordages et la bourrellerie ; rue des Marseillais les épices et le savon. Il y a la rue des Tanneurs, celle du Beaujolais, celles des Bijoutiers. Il n’est pas étonnant que la ville de Beaucaire se rende sans risques inutiles lorsque Bonaparte arrive le 28 juillet 1793. La foire lui donnera l’occasion de discuter avec des commerçants et d’écrire l’opuscule fameux du « Souper de Beaucaire ».

Mais lorsque les emplettes sont finies, c’est le pré des bateleurs qui attire les badauts. Là, ils peuvent admirer, au fil des siècles, le produit d’une carpe et d’un lapin, une géante de huit pieds, un africain qui arrête une balle lancée sur lui à la pointe d’une épée, un lion qui joue aux dominos, un rhinocéros qui danse la cachucha, le sauvage Racaco qui enfermé dans une cage mange des chats, des crapauds et des vipères. Ils peuvent voir une tête pilée dans un mortier sans que son propriétaire s’en ressente le moins du monde. Il y a aussi des ménageries, des léopards, des panthères ou des singes, des marionnettistes et des faiseurs de tours de passe passe. Ainsi pendant une semaine, sous le patronage de Sainte Madeleine, de Sainte Anne et de Saint Jacques, ce qui permet de faire également de grandes cérémonies religieuses, la foire de Beaucaire déploie ses fastes, l’abondance de ses marchandises, ses étrangers venus de partout, ses dix mille habitants en logeant cent mille pour 1 semaine.

Elle ne disparaîtra que progressivement au cours du siècle dernier. Le pont suspendu mis en service en 1832 entre Tarascon et Beaucaire sonnera le glas de cette grande foire qui perdra son caractère universel et cosmopolite, cédant le pas à l’ère des communications.

Les 30.000 sols de Bertrand Raimbaut

Seigneur d’Orange et troubadour, Bertrand Raimbaut vint un jour à la foire de Beaucaire et devant les badauts émerveillés, il laboura le champ de foire avec un attelage de douze paires de boeufs. Pour compléter sa mise en scène il aurait jeté à la foule 30.000 sols d’argent.

Le canal de Beaucaire a Aigues Mortes

Commencé en 1777, il sera abandonné, puis repris avant d’être terminé en 1804.

Le souper de Beaucaire

Opuscule qui relate une conversation que Bonaparte eut le 29 juillet 1793 à Beaucaire, à la fin de la foire, à l’auberge du Cheval Blanc avec deux marchands de Marseille, un Nîmois et un fabricant de Montpellier. Cette discussion sur la situation politique inspira à Bonaparte la partition de la brochure appelée « Le souper de Beaucaire » écrite au mois d’août en Avignon et parut antidatée du 29 juillet 93 chez Sabin Tournel rédacteur du « Courrier d’Avignon ». Une deuxième édition fut imprimée par Marc Aurel imprimeur ambulant des armées aux frais du trésor public. C’est en faveur d’une propagande jacobine que Bonaparte écrivit son « Souper » dans lequel il démontre la folie et la vanité de la lutte contre la Convention.

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